Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

©Tuong-Vi Nguyen

©Tuong-Vi Nguyen

Dynamique, Captivant, Poétique.

Amer M et Colette B mais qui sont donc ces personnages ?

A la découverte d’un portefeuille dans sa boite aux lettres appartenant  à un certain Amer M, la curiosité de Joséphine Serre a été émoustillée.

Joséphine Serre étudia minutieusement les informations contenues dans ce portefeuille. Amer M né en Kabylie en 1932 s’installe en France en 1954.

Amer M prenait vie sous ses yeux, elle fit quelques recherches, alla jusqu’en Kabylie. Cela la passionna et la chamboula car elle connaissait peu l’histoire dramatique de la colonisation puis de l’indépendance de l’Algérie. On n'en parle peu à l'école. Elle décide d’en faire un récit-fiction.

Colette B, musicienne à Radio-France éveilla l’attention de Joséphine Serre à travers sa carte de visite et trois petits mots précieusement gardés dans le portefeuille  d' Amer M  et signés Colette B dont :

« Le téléphone fixe ne marche toujours pas, … un petit coup de fil me ferait plaisir ».

« Étant très inquiète de ne plus vous voir au bois …Rendez-vous sur notre cher banc. »

Joséphine Serre  imagine Colette B « pied noir » ayant été obligée de quitter son pays natal l’Algérie en 1960.

Joséphine Serre dans un diptyque nous conte leur histoire à travers une fiction-réalité traversant l’Algérie et la France 1954 à nos jours.

Tout commence par une scène figurant le parallèle entre Amer et Ulysse ayant quitté Ithaque.  Ce n'est  qu’après de longues aventures qu' Ulysse regagna Ithaque...

Amer M revient dans son pays voir sa famille mais en repart toujours n’étant point vraiment attendu. (Pénélope n’est point son épouse.)

En fond de scène nous apercevons  l’image de cette mer qui le sépare de ses racines….

© VeroniqueCaye

Les scénettes se succèdent, se croisent et se rejoignent donnant naissance à cette fiction-réalité qui nous émeut et nous captive. Nous découvrons le parcours d’ Amer M aujourd’hui retraité du BTP  et de  Colette actuellement  musicienne à Radio France.

 

 

On assiste en Algérie au recrutement des hommes qui partiront en grands nombres comme manœuvres en France dans les années 50.

A la vie difficile d’Amer et des complications administratives.

A son ’interrogatoire tyrannique par la police recherchant les hommes du FLN en 1960

Au départ forcé de Colette devant quitter l’Algérie le plus rapidement possible.C'est l'indépendance algérienne.

A son arrivée difficile et pas très accueillante en France. Les "pied noir" affluent.

A la rencontre et l’amitié d’Amer et de Colette tous deux émigrés, vivant loin de leur terre natale et pourtant l’un considéré comme étranger et l’autre comme autochtone.

En fond de plateau, des vidéos nous font voyager de France en Algérie.

Certaines nous transportent dans un bidonville à Nanterre, à l’Hôtel-restaurant de la Poste à Montreuil, à la gare maritime de La Joliette…

© Tuong-Vi Nguyen

La mise en scène est orchestrée avec adresse, les tableaux s’enchainent avec dynamisme et naturel.

La belle scénographie Anne-Sophie Grac et la lumière harmonieuse de Pauline Guyonnet intensifient les émotions.

 

Dans la deuxième partie du diptyque « Colette B », la pianiste France Pennetier nous enchante, elle joue en live Chopin  en incarnant par alternance avec Camille Durand-Tovar   le personnage de Colette B.

Les comédiens nous entrainent avec vitalité et authenticité dans cette aventure humaine.

©DR

Guillaume Compiano interprète avec grand brio et justesse Amar M.

Xavier Czapla est fabuleux, il incarne divers personnages avec aisance et virtuosité.

Camille Durant -Tovar nous réjouit, elle glisse d’un personnage à l’autre avec finesse., elle est   bouleversante dans le personnage de Colette B.

Joséphine Serre Autrice, metteuse en scène et comédienne est époustouflante. Quelle énergie et quel talent ! (**Pour les curieux voir plus bas quelques lignes de la magnifique écriture de Joséphine Serre)

Merci à cette belle équipe.

Claudine Arrazat

Dramaturgie et assistanat Zacharie Lorent / création vidéo Véronique Caye / création sonore et régie générale Frédéric Minière / collaboration plastique Lou Chenivesse / costumes Suzanne Veiga-Gomes assistée de Leslie Moquet / collaboration artistique à la création d’Amer M. Pauline Ribat  / administration et production Alain Rauline et Héloïse Jouary

© Tuong-Vi Nguyen

**Pour les curieux voici quelques lignes de la magnifique écriture de Joséphine Serre

Joséphine Serre, Amer M., Éditions Théâtrales

Amer M. est ici.

Il est né en Kabylie. Il a été membre du FLN.

Il consulte des voyants.

Ceci n’est pas l’histoire d’Amer M.

Amer M. a eu plusieurs infarctus.

Il fut amoureux de Colette B.

On ne le connaît pas, on le connaît bien. Colette B. est pianiste à Radio France.

Amer M. est vraiment né dans une ville qui n’existe vraiment pas. Amer M. est absent.

S’il fredonne une chanson, c’est une chanson qui m’est connue.

Il est retraité du BTP.

Il a disparu.

Amer M. est ici, mais pas en ce moment.

Amer M. est vivant.

Amer M. c’est lui.

Il n’a jamais fait partie du FLN. Il est arrivé en France en 1954.

Amer M. n’est pas ici mais en ce moment, oui.

Amer M. n’existe pas.

Il a vécu pendant des années rue du Faubourg-Saint-Antoine à Paris. Ceci est Amer M.

Amer M. est un nom.

Amer M. est une femme.

Amer M. c’est moi.

Joséphine Serre, Colette B., Éditions Théâtrale

Colette B., c’est moi

Colette B. a vécu pendant des années au 2, square Louis-Gentil à Paris.

Elle aurait épousé un certain Michel R. en 1965.

Elle serait née en Algérie. À Aïn El Beïda, près d’Oran.

Mais elle est peut-être née à Besançon. À Nantes. Ou à Rodez.

Colette B. a écrit à Amer M. des mots, dont trois sont parvenus jusqu’à nous.

Ils se voyaient sur leur cher banc, vers quatre heures.

Colette B.-R. est pianiste à Radio France.

Elle n’a jamais repris le train pour Marseille.

Elle n’a jamais repris le bateau pour Oran.

Elle a porté des robes fleuries et des bandeaux comme toutes les jeunes filles des années cinquante.

À la différence de la plupart des jeunes filles de son âge, elle avait dans chaque poche de sa robe à fleurs, une grenade défensive à fragmentation de type F1.

Colette B. a été plusieurs fois au bord de les dégoupiller.

Ceci n’est pas l’histoire de Colette B.

Ceci est Colette B.

Colette B. a vécu pendant des années au 2, square Louis-Gentil à Paris.

Elle a été « porteuse de valises » pour le FLN via le réseau Jeanson, sous le nom de…

Colette Rouet.

Colette B. participe à un club de gospel, dans lequel elle souhaiterait voir s’inscrire Amer M.

Elle donne parfois des concerts au 104.

Elle fut amoureuse d’Amer M.

Elle fut amoureuse…

Colette B. a une partie de sa famille enterrée au cimetière Saint-Eugène d’Alger.

Elle a gardé de son enfance un piano et les descendants d’un couple de perroquets, qui perpétuent

de génération en génération des chansons de Paul Anka et des discours du général de Gaulle.

Colette B. n’existe pas.

Colette B. est un nom.

Colette B. est une fenêtre.

Colette B. est un banc.

Colette B. est un piano.

Colette B. c’est moi.

Tag(s) : #Th. de la Colline, #Critiques

Partager cet article

Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :