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PoupeeBarbu--copiright Franck Art

PoupeeBarbu--copiright Franck Art

Éloquent – Poignant – Déchirant

Édouard Elvis Bvouma, auteur camerounais, a reçu le Prix Théâtre RFI en 2017 pour La Poupée barbue. Son écriture, directe et sans détour, ose mettre des mots sur des réalités innommables, violentes et difficiles à entendre. Il donne la parole à une enfance meurtrie par la guerre.

La Poupée barbue nous confronte à une réalité terrible : celle de petites filles violées par l’ennemi pendant la guerre civile, mais aussi utilisées comme objets sexuels par leurs propres chefs. Elles aimeraient combattre comme les garçons, mais ce n’est pas le rôle qu’on leur accorde : parce qu’elles sont des filles, elles doivent servir les hommes et se soumettre à leurs désirs.

Sur le plateau, la scénographie d’Éric Amani nous interpelle immédiatement. D’étranges épouvantails, assez colorés et fabriqués avec des objets de récupération, sont déjà là. L’un est barbu, l’autre chauve, un autre n’a qu’un œil. Étranges, presque enfantins dans leur apparence, ils sont pourtant inquiétants.

Apparaît alors une adolescente à la recherche de son ami Boy. Ne le trouvant pas, elle va peu à peu nous raconter son histoire. Enlevée et enrôlée dans un groupe rebelle pendant une guerre civile, elle nous fait découvrir ce qu’elle a vécu.

Très vite, nous assistons à une scène atroce, épouvantable : celle de son viol. Son réalisme en rend l’horreur presque insoutenable. Les mots sont crus, imagés, ils ne nous épargnent rien. Nous frémissons devant cette brutalité montrée et racontée sans détour.

Mais son calvaire ne s’arrête pas là. Au sein même de son groupe, elle devient le « jouet sexuel » de son commandant. Une double violence qui lui vole son enfance.

Le texte d’Édouard Elvis Bvouma est direct, sans concession. Les phrases sont courtes, saccadées, traduisant la peur, la violence et les traumatismes de cette jeune fille. Les mots sont durs à entendre, mais il faut dire l’indicible pour que ces atrocités ne restent pas cachées.

PoupeeBarbu--copiright Franck Art

Et pourtant, au milieu de toute cette horreur, l’adolescente reste une enfant. Elle aurait aimé avoir une jolie poupée aux yeux bleus. À la place, elle se retrouve avec cette étrange poupée barbue dont elle ne veut guère. Elle la trouve laide, elle bouge et « sort par le pipi ». Elle la regarde avec méfiance, presque avec dégoût. Des mots d’enfant qui rendent ce qu’elle raconte encore plus terrible à entendre.

Pour tenter de se reconstruire, elle a besoin de retrouver le jeu et l’imaginaire. Ils lui permettent de s’évader, de continuer à rêver et de retrouver un peu de cette enfance que la guerre et les hommes lui ont volée. Le temps d’un court instant, le rire et la complicité refont surface. Une parenthèse presque heureuse où elle redevient simplement une enfant, avant que la réalité ne la rattrape.

Souleymane Sow orchestre magnifiquement cette mise en scène, à la fois forte et sensible, où l’horreur côtoie constamment l’univers de l’enfance.

Les lumières d’Hervé Kouamé, jouent avec l’obscurité, mettent en valeur la jeune fille et les étranges silhouettes qui l’entourent, renforçant encore leur présence inquiétante.

La comédienne Oga Kamouni porte ce texte avec une force et une intensité remarquable. Elle est tour à tour l’enfant qui joue, qui a peur, se révolte, souffre et tente encore de rêver. Une interprétation magnifique et poignante qui nous bouleverse profondément.

La Poupée barbue est un spectacle éprouvant mais nécessaire. Une parole forte sur ces jeunes filles victimes de la guerre, auxquelles on a volé leur enfance et qui doivent tenter, malgré l’horreur, de se reconstruire.

Claudine Arrazat critiquetheatreclau.com Spectacles Vivants

 

Assistant à la mise en scène : Souleymane Coulibaly

Production : Compagnie Tell’Art

VU au festival des écritures francophones à Limoges le 2 oct 2026

Tag(s) : #Critiques, #C.Arrazat
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