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Heriter-des-brumes-2026-episode-5-credit-fabrice-robin

Heriter-des-brumes-2026-episode-5-credit-fabrice-robin

Foisonnant. Émouvant. Réjouissant.

Raconter cent trente ans d’histoire du Théâtre du Peuple de Bussang, de sa création à aujourd’hui, était un pari ambitieux. Hériter des brumes relève ce défi avec brio. Alix Fournier-Pittaluga et Paul Francesconi font de cette extraordinaire aventure une grande fresque théâtrale et humaine, où la petite histoire se mêle à la grande.

Après un court prologue, les portes du fond de scène s’ouvrent sur la forêt vosgienne. La nature devient alors le prolongement du plateau. Les comédiens investissent les sous-bois, entre les arbres et les rochers, composant avec la lumière et la brume de magnifiques tableaux. L’émotion est immense.

La première scène nous plonge en 1892. À Bussang, le 14 juillet, à l’occasion du centenaire de la République, Maurice Pottecher et Camille de Saint-Maurice présentent Le Médecin malgré lui de Molière. Le succès rencontré auprès du public conforte Maurice dans son désir de créer un théâtre ouvert à tous.

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Nous remontons le temps. Dans les années 1880, à Paris, Maurice fréquente le salon des Daudet, où il côtoie Jules Renard, Marcel Schwob, Paul Claudel ou encore Mounet-Sully et rencontre Camille. Déçu par le théâtre bourgeois parisien, il rêve déjà d’un autre théâtre, plus proche du peuple. Le succès rencontré à Bussang en 1892 conforte cette idée et son projet prend forme : créer un théâtre exigeant et accessible à tous, réunissant habitants, ouvriers et artistes professionnels.

En 1895, leur rêve devient réalité. Soutenus par l’entreprise familiale Pottecher, les ouvriers et la famille Hans qui participent à la construction du théâtre.

Le Diable marchand de goutte inaugure le lieu. À travers cette pièce populaire consacrée aux ravages de l’alcoolisme, Maurice Pottecher choisit déjà un sujet ancré dans les préoccupations de la population. L’année suivante, le théâtre adopte sa célèbre devise : « Par l’Art, pour l’Humanité ».

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Héritier des brumes se déploie en six épisodes et nous fait traverser les décennies : Naître (1895-1896), Grandir (1897-1918), Survivre (1919-1945), Transmettre (1945-1960), Muer (1960-années 1990) et Hériter (des années 1990 à aujourd’hui).

Nous voyons grandir Marie-Anne et Jean, les enfants Pottecher. Une très jolie scène montre Jean construisant de petits ponts pour les fourmis. Maurice observe son fils : ses jeux et son imaginaire lui inspireront Le Château de Hans.

Les années passent, marquées par les deux guerres mondiales, les deuils et les renaissances. Jean, engagé comme infirmier, meurt en 1918. Le théâtre sera bombardé, réquisitionné puis reconstruit. « Tout aurait pu s’arrêter là… » : cette phrase revient comme un fil rouge au cours du spectacle. Pourtant, chaque fois, l’aventure renaît et une nouvelle génération reprend le flambeau.

De grandes figures comme Jules Renard, Jacques Copeau ou Louis Jouvet croisent la route de Bussang. Mais une place particulière revient à Pierre Richard-Willm, ami de Jean, qui poursuivra l’aventure jusqu’à succéder à Maurice Pottecher à la direction artistique.

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Les œuvres qui ont jalonné cette histoire reprennent vie sur le plateau : Poil de Carotte, L’Anneau de Sakountala, L’Héritage, Les Mystères de Judas Iscariote... Tour à tour personnages historiques et acteurs d’aujourd’hui, les comédiens passent d’une époque à l’autre, commentent les événements et s’interrogent sur la manière de les raconter. Les disparus côtoient les vivants et le passé rejoint le présent. Hériter des brumes devient un formidable jeu de théâtre dans le théâtre, qui questionne la transmission d’un héritage sans jamais le figer.

La place des femmes est abordée avec beaucoup d’humour. Longtemps restées dans l’ombre des grandes figures masculines, elles réclament enfin un prénom et refusent de n’être que « la femme de » ou « la fille de ». Le spectacle rappelle ainsi le rôle essentiel qu’elles ont joué dans l’histoire et la transmission du Théâtre du Peuple.

Cette construction foisonnante pourrait nous perdre, il n’en est rien. Julie Delille signe une mise en scène tirée à quatre épingles, inventive et d’une grande intelligence. Malgré les changements d’époque et de personnages, tout reste d’une grande clarté. Les scènes s’enchaînent avec fluidité, dans un rythme qui ne faiblit jamais.

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La scénographie s’appuie sur l’architecture si particulière du lieu. Les grandes parois de bois, ornées de cadres et de miroirs, accompagnent les époques, tandis que tables, chaises et quelques accessoires transforment l’espace. Les costumes de Clémence Delille participent à cette traversée du temps et aux nombreux changements de personnages. La création musicale de Julien Lepreux accompagne le récit et en accentue les émotions, tandis que les lumières d’Elsa Revol jouent avec les teintes du bois et la lumière naturelle.

Raphaëlle de la Bouillerie, Axel Godard et Antoine Sastre, entourés des comédiens amateurs Monique Cordella, Inaya Didierjean, Quentin Dupetit, Charlotte Gérard, Jennifer Halter et Benjamin Pourchet, sont extraordinaires. Avec une belle énergie, tous passent d’un personnage à l’autre, changeant en quelques secondes d’âge, d’époque ou d’identité. Cette complicité entre professionnels et amateurs donne tout son sens au projet imaginé par Maurice Pottecher.

Copyright Fabrice Robin

L’esprit de Bussang se prolonge jusque dans la Popote, cantine et lieu de rencontre du Théâtre du Peuple. Comédiens, bénévoles, techniciens et équipe de direction s’y retrouvent autour des mêmes tables. On échange, on partage dans une atmosphère chaleureuse. L’idéal du « faire ensemble » défendu sur scène continue ainsi de vivre bien au-delà du spectacle.

Depuis cent trente ans, artistes, habitants et bénévoles se succèdent pour faire perdurer l’utopie imaginée par Maurice Pottecher. Une magnifique aventure humaine et théâtrale qui continue, aujourd’hui encore, à faire vivre sa devise : « Par l’Art, pour l’Humanité ».

Claudine Arrazat critiquetheatreclau.com Spectacles Vivants

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Dramaturgie Alix Fournier-Pittaluga  / accessoiriste Élise Villatte / assistanat mise en scène Sandrine Pirès / stagiaire assistanat mise en scène Aurélie Sarr

Théatre du Peuple Bussang 88540

Du 16 juillet au 28 août  Mercredi, jeudi, samedi et dimanche à 11h

Les vendredis 17 juillet et 28 août à 11h

Tag(s) : #Critiques, #C.Arrazat, #Province
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