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Téléphone-moi : photo_ Daniel_Pieruzzini

Téléphone-moi : photo_ Daniel_Pieruzzini

Émouvant, Eloquent, Captivant.

Dans la pénombre, nous découvrons sur le plateau trois cabines téléphoniques d’époques différentes qui nous invitent déjà à voyager dans le temps.

La cabine la plus moderne, claire et vitrée, nous ramène dans les années 90, à une époque où le téléphone portable n’a pas encore remplacé les cabines téléphoniques. Une jeune femme, un peu perdue et révoltée, vient d’apprendre qu’elle est enceinte. Elle appelle régulièrement sa mère et son frère. Sa mère n’est plus, mais entendre sa voix sur le répondeur la fait revivre quelques instants. Une rencontre va bientôt bouleverser sa vie et faire naître un nouvel espoir.

En 1982, un homme solitaire a trouvé refuge dans une autre cabine. Il téléphone à son vieux père, lui cachant la réalité de sa vie. Leurs échanges sont parfois cocasses malgré sa situation difficile. Une jeune femme de passage lui apporte un peu d’oxygène, mais la vie en décidera autrement.

Enfin, dans les années 1940, pendant l’Occupation, la troisième cabine sert de lieu de rendez-vous aux résistants. Une jeune femme y croise un musicien de l’Opéra, dont l’orchestre joue pour distraire les officiers allemands. Une histoire va se nouer alors que le danger est partout.

Trois époques, trois destins que tout semble séparer. Quel fil invisible unit ces personnages à travers le temps ?

Téléphone-moi_Daniel_Pieruzzini_

Peu à peu, les pièces du puzzle se mettent en place et nous découvrons, avec surprise et émotion, le destin de ces êtres. Les liens apparaissent, les histoires se rejoignent et prennent alors une tout autre dimension.

À travers ces destins intimes, la petite histoire rencontre aussi la grande : l’Occupation pour Madeleine et Léon, l’élection de François Mitterrand en 1981 pour Louis, puis la Coupe du monde de 1998 pour Léonore.

Derrière ces histoires personnelles, Téléphone-moi nous parle avec beaucoup de vérité de la famille, de l’amour, de l’absence et de tout ce que l’on ne parvient pas toujours à se dire. Les blessures et les silences traversent les générations, mais l’amour et l’espoir aussi. C’est profondément émouvant.

Seule petite réserve : certaines des dernières scènes m’ont semblé un peu trop explicatives, alors que nous avions déjà compris les liens qui unissent les personnages. Mais cette réserve s’efface devant la beauté de l’ultime scène, où les générations se retrouvent dans l’amour, le pardon et la compréhension. Un moment magnifique, d’une grande émotion, qui m’a profondément touchée.

©Stéphane Audran

La mise en scène de Jean-Christophe Dollé et Clotilde Morgiève orchestre avec finesse cette fresque familiale et nous fait passer avec fluidité d’une époque à l’autre, sans jamais perdre le spectateur. L’humour et l’autodérision s’invitent avec naturel au cœur de situations parfois dramatiques, apportant de belles respirations et quelques moments cocasses.

La scénographie et les costumes de Marie Hervé accompagnent avec justesse les différentes époques. Les trois cabines téléphoniques, particulièrement évocatrices, structurent le plateau et donnent à chaque histoire son propre univers. Véritables espaces intimes, elles deviennent tour à tour refuges, lieux de confidences, de mensonges, d’attente ou de rencontres. Les lumières de Nicolas Priouzeau les isolent ou les mettent en valeur.  La création musicale de Jean-Christophe Dollé et l’univers sonore de Soizic Tietto rythme avec brio ce voyage à travers les époques.

©Stéphane Audran

Une très belle troupe qui donne aux personnages beaucoup de vérité et d’émotion. Stéphane Aubry apporte à Henri comme à Sam une présence pleine de naturel. Solenn Denis nous touche particulièrement par la fragilité et la révolte de Léonore. Jean-Christophe Dollé passe avec beaucoup de justesse de la retenue de Léon aux blessures de Louis. Clotilde Morgiève donne à Madeleine et Ella une belle énergie et une grande sincérité.

Téléphone-moi est une histoire de rencontres et de destins, d’absences et de non-dits, mais surtout d’amour et de transmission.

ClaudineArrazat  critiquetheatreclau.com  Spectacles Vivants

 

©Stéphane Audran

Plateau : Simon Demeslay : Couture : Julia Brochier et Agathe Laemmel : Perruques : Julie Poulain : Conseils Magiques : Arthur Chavaudret

À partir du 21 septembre 2026  au Théâtre Saint-Georges 51 rue St Georges 75009

Tag(s) : #Critiques, #C.Arrazat
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