Bouleversant – Percutant – Nécessaire
Récompensée au Québec par le Prix Michel-Tremblay, Les Glaces, récit de Rébecca Déraspe, aborde avec simplicité, perspicacité et précision des sujets sensibles et nécessaires : le traumatisme, le consentement et les conséquences des violences sexuelles.
Noémie apprend que son fils est accusé d’agression. D’abord interloquée, puis effondrée, elle voit resurgir un passé qu’elle croyait enfoui au plus profond d’elle-même. Victime d’une agression sexuelle à l’adolescence, elle avait choisi le silence pour survivre. Face à ce nouvel événement, quelque chose se brise : « Les digues cèdent, les glaces fondent ». Elle décide de confronter ceux qui l’ont agressée. Une démarche difficile, douloureuse, mais nécessaire.
Plus tard, parviendra-t-elle à convaincre la victime de son fils de porter plainte et de le confronter à ses actes, afin de le mettre face à ses responsabilités, dans l’espoir que cette vérité partagée ouvre la voie à un apaisement et à une reconstruction ?
Rébecca Déraspe donne la parole à celles et ceux qui en portent la mémoire : la victime, bien sûr, mais également les auteurs de l’agression, leurs proches et ceux qui ont assisté aux faits sans intervenir. Un texte puissant qui privilégie la compréhension plutôt que le jugement.
La mise en scène de Sophie Langevin est orchestrée avec finesse, sobriété et justesse. Les scènes s’enchaînent, le passé et le présent dialoguent, comme si les personnages étaient incapables d’échapper à leurs souvenirs.
La scénographie de Peggy Wurth, sobre et efficace, repose sur une structure en bois clair et modulable, qui permet de passer d’un lieu à l’autre avec aisance. Ce décor épuré du récit, les lumières douces, chaudes et tamisées intensifient l’intimité entre les personnages.
Les comédiens Lydia Indjova, Francesco Mormino, Juliette Moro, Renelde Pierlot, Bryan Polach et Amandine Truffy incarnent leurs rôles avec justesse et talent.
Noémie laisse affleurer la douleur, la colère, mais aussi la détermination de reprendre possession de son histoire.
Vincent et Sébastien composent deux figures profondément différentes de la responsabilité. Vincent accepte progressivement de regarder la vérité en face ; Sébastien demeure enfermé dans le déni.
Comment vivre avec la faute, et quelles conséquences en assumer ?
Marianne épouse de Vincent, est partagée entre amour, incompréhension et volonté de croire encore en la possibilité d’une réhabilitation.
Le père de Vincent incarne toute une génération qui n’a pas su voir, comprendre ou agir. Son silence d’hier devient une culpabilité présente. À travers lui, la pièce interroge avec finesse la responsabilité collective.
Les Glaces ne laisse pas indemne. Un théâtre engagé qui éclaire, questionne sans juger et rappelle avec force que la parole demeure souvent le premier pas vers la reconstruction.
Comment vivre après ?
Comment réparer l’irréparable ?
Comment empêcher que les mêmes schémas se reproduisent ?
Une œuvre profondément nécessaire qui nous interroge et nous chamboule.
Claudine Arrazat critiquetheatreclau.com Spectacles Vivants.
Jonathan Christoph – Vidéo / Jef Metten - Création lumière / Rozenn Lièvre - Création son / Delphine Ceccato- Diffusion / Patrick Galbats – Photographie
11 • AVIGNON Salle : Salle 1 du 4 au 23 juillet relâche les 10, 17 juillet 22h30 1h45
Prix Michel Tremblay 2023 (meilleure œuvre dramatique au Québec) • Prix de la meilleure production au Prix des arts de la scène luxembourgeois (2025)
Le 7 juillet à 12h, Rébecca Déraspe sera l’invitée du "Partage de Midi » à la Maison Jean Vilar.
/image%2F2626846%2F20250429%2Fob_799377_image-2626846-20180613-ob-d1045b-th13.jpg)
/image%2F2626846%2F20260614%2Fob_560f62_les-glaces-c-bohumil-kostohryz-0263.jpg)