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Crédit  Christophe Raynaud de Lage

Crédit Christophe Raynaud de Lage

Nécessaire, Emouvant, Eloquent.

Dès l’entrée dans la salle, Faustine Noguès apparaît sans détour, comme autrice et témoin. Elle partage un trouble intime : quelque chose résiste en elle, un malaise face à une histoire qui lui échappe.

Pour tenter d’y répondre, elle convoque la psicofonía, cette pratique qui consiste à écouter le bruit blanc pour faire surgir des voix invisibles, des traces enfouies. Le spectacle pose d’emblée une idée simple : écouter ce qui ne se voit pas, faire entendre ce qui a été tu.

Crédit Christophe Raynaud de Lage

La psicofonía devient le fil conducteur d’un travail sur l’absence et la mémoire. Casque sur les oreilles, le spectateur traverse le silence, à l’écoute de voix fantomatiques. Une tension s’installe entre la parole très incarnée de Faustine Noguès, proche du récit documentaire où l’intime et l’Histoire se mêlent, et un paysage sonore plus insaisissable.

Le récit nous ramène à l’enfance, dans les années 90, en Corrèze. Une « Espagne » reconstituée par une communauté d’exilés républicains. Les grands-parents, nés en 1930 en Estrémadure, ont fui la guerre civile et la répression franquiste. Marqués par la peur et les pertes, ils se sont tus.

Pour l’enfant, cette Espagne se résume à des images familières : la langue, les repas tardifs, les jeux comme le barquillero. Mais, derrière cette apparente évidence, un silence persiste.

Nourrie par une histoire familiale marquée par l’exil des républicains espagnols après la guerre civile, et par le silence instauré en Espagne avec la loi d’amnistie de 1977 — qui a indistinctement amnistié victimes et bourreaux — Faustine Noguès questionne aujourd’hui ce silence imposé. Elle y voit un geste politique qui a produit un effacement collectif, autant social que psychique.

Crédit Christophe Raynaud de Lage

La mise en scène est  orchestrée avec finesse, Ce passé, marqué par l’oubli et les non-dits, apparaît alors comme une matière fragile, trouée, résistante. C’est ce silence que Faustine Noguès interroge. Le récit se construit sous nos yeux, avec ses hésitations, ses reprises, ses zones d’ombre. Il en résulte un spectacle profondément humain, porté par la nécessité de dire malgré tout.

La scénographie sobre et épurée, est réduite à quelques éléments essentiels : un plateau nu, une colonne noire, une pierre venue de Belchite Nuevo, ville reconstruite après les bombardements franquistes, et une chaussure qui figure le grand-père, à qui Faustine s’adresse, mais qui préférait oublier.

Faustine Noguès nous guide avec justesse. Elle n’interprète pas, elle traverse la scène en livrant son cheminement intérieur. Un spectacle qui interroge la mémoire, les silences familiaux et la transmission de l’Histoire. 

Claudine Arrazat critiquetheatreclau.com   Spectacles Vivants

 

Création sonore, Composition : Colombine Jacquemont / Collaboration à la dramaturgie et à la mise en scène : Joséphine Supe / Création lumière : Willy Cessa / Musique et voix enregistrées : Renaud Déjardin (Violoncelle), François Aria (Guitare), Nati James (Danse Flamenco), Olmo Hidalgo (Voix) / Direction de production : Marie Leroy / Administratrice de production : Lila Boudiaf

Vu au Théâtre de la Cité Internationale, Paris

2 > 13 avril 

les jeu. et ven. 19h •  les sam. 18h • le lun. 13 avril à 20h

Tournée

Théâtre d'Aurillac lundi 11 mai 20h30

Festival d'Avignon Théâtre des Halles (La Chapelle) 4 > 25 juillet 14h relâche les mercredis

Tournée 2026-27 (en cours de construction) /  Novembre Odyssud, Blagnac /  Décembre Espace Michel Simon, Noisy le Grand / ·Décembre Théâtre Jacques Carat, Cachan / Février 2027 L’Archipel, Fouesnant /  Février 2027 Théâtre de Suresnes Jean Vilar / ·Avril Maison des Arts du Léman à Thonon

Tag(s) : #Critiques, #C.Arrazat, #Avignon 2026
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