Poétique. Vibrant. Éloquent.
L’Apocalypse d’Adam et Aimée, porté par Adama Diop, poursuit un travail de création autour de l’œuvre fondatrice d’Aimé Césaire, Cahier d’un retour au pays natal, une traversée sensible entre mémoire et disparition.
Adam, le père.
Au crépuscule de l’humanité, Adam s’adresse à sa fille à naître, Aimée. Il lui transmet la mémoire d’un monde abîmé : la Terre avant l’effondrement, les fautes des hommes, mais aussi ce qui subsiste de beauté dans les mots.
Adama Diop, entouré côté jardin par Dramane Dembélé, flûtiste burkinabé, et côté cour par Jessica Martin-Maresco, chanteuse lyrique, apparaît. Sa voix profonde s’élève :
« Mon enfant, approche, je vais te raconter la grande marche du dernier géant nuage. »
« Le monde s’est exilé, en d’autres temps, en d’autres lieux, et nous n’en serons plus les habitants. »
« Les oiseaux ne chantaient plus, les pluies ne tombaient plus, le soleil ne se levait plus. »
En fond de plateau, les vidéos de Pierre Martin Orio nous ramènent à la réalité avec une violence sourde : guerres, attentats, séismes… c’est l’apocalypse, le chaos du monde.
Après un intermède musical qui nous apaise et nous réjouit…
Le testament d’Adam
Adam, au bord de la fin, traverse la colère née du chaos du monde, mais demeure porté par l’espoir que lui donne l’amour qu’il porte à Aimée.
« La colère borde l’amertume de ma dernière nuit, mais l’espoir illumine mon cœur car tu es là. »
La voix profonde, dense et posée d’Adama Diop donne au texte une force et une intensité bouleversantes.
La nouvelle Genèse.
Dans un deuxième temps, Aimée prolonge la voix de son père. Elle convoque des forces anciennes, des figures mythiques. Elle s’identifie à Gaïa, mère de Zeus, et à Néfertiti, reine d’Égypte, pour incarner à la fois la Terre, la mémoire et les femmes oubliées de l’histoire, ouvrant ainsi une autre manière d’habiter le vivant, au féminin.
Le poème mêle mythe, engagement et intime, et affirme que, malgré le temps, la perte ou les épreuves, l’amour et la poésie restent vivants et indestructibles.
« Cher père, repose en paix, la poésie n’est pas morte, elle est partout. »
Dans cette genèse d’un nouveau monde, portée par la voix de Jessica Martin-Maresco, une scénographie faite de fleurs et de beauté apporte une vraie respiration. Elle ouvre un espace de transformation, presque une réconciliation avec le vivant.
Une création musicale habitée
La dimension sonore du spectacle est l’une de ses grandes forces. Dramane Dembélé, musicien issu d’une lignée de griots, apporte une profondeur singulière à l’ensemble. Sa musique, nourrie de ses racines africaines, traverse le spectacle comme une mémoire ancestrale, un véritable voyage à travers le temps.
Jessica Martin-Maresco déploie une palette vocale impressionnante. Formée au chant lyrique, aux musiques contemporaines et aux expérimentations sonores, elle fait entendre une voix plurielle, capable de glisser du murmure au cri, du chant classique à des sonorités plus âpres. Elle nous envoûte et nous enveloppe dans une sensation presque onirique.
Les lumières de Louisa Mercier dessinent des zones d’ombre et de clarté, installant une atmosphère de crépuscule. Par moments, la scène disparaît presque dans le noir, puis des éclats lumineux surgissent, intensifiant les émotions.
Une œuvre puissante et nécessaire, qui interroge notre humanité, nous ouvre les yeux, nous bouleverse et nous ébranle, tout en nous rappelant l’urgence de réveiller nos consciences.
Claudine Arrazat critiquetheatreclau.com Spectacles Vivants
Musique et chant Jessica Martin-Maresco / Musique Dramane Dembélé / Costumes Mame Fagueye Ba / Lumières Louisa Mercier / Son Mathilde Tirard / Vidéo Pierre Martin Orio
Théâtre du Rond Point 8 — 18 avril 2026 Du mardi au vendredi, 19h30 – Samedi, 18h30 – Dimanche, 15h30 Relâche lundi 13 avril
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