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LeCid®JeanLouisFernandez_

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Réjouissant, Lumineux, Attrayant.

Créé en 1637, Le Cid de Pierre Corneille traverse le temps grâce à ses thèmes universels, comme l’honneur et le conflit intérieur, où les émotions les plus intimes se heurtent aux exigences sociales et morales. La pièce repose sur une intrigue simple, presque évidente, mais dont la force dramatique ne faiblit jamais : un amour mis à l’épreuve par l’honneur.

Rodrigue et Chimène s’aiment et se promettent un avenir commun. Pourtant, un affront familial vient tout briser. Le père de Chimène humilie celui de Rodrigue. Dans ce monde où l’honneur prime sur tout, Rodrigue n’a pas le choix : il doit venger son père. Il tue donc le père de la femme qu’il aime.

À partir de là, tout se tend, tout se déchire. L’amour devient impossible à vivre, mais impossible à effacer. Chimène aime encore Rodrigue, pourtant elle réclame justice. Elle se retrouve enfermée dans un conflit intérieur violent : aimer ou respecter son devoir. Rodrigue, lui, avance entre culpabilité et grandeur, porté par une logique de l’honneur qui le dépasse.

LeCid®JeanLouisFernandez

Ce qui frappe dans Le Cid, c’est cette tension permanente entre passion et devoir, entre sentiment et loi sociale. Rien n’est simple, rien n’est confortable. Le spectateur est pris dans ce tiraillement, sans issue claire, comme suspendu entre deux vérités.

La mise en scène de Denis Podalydès, orchestrée avec talent, vitalité et grande fluidité, donne un renouveau à ce drame classique. Le texte respire, circule, s’incarne dans des corps jeunes et vibrants.

Rodrigue et Chimène ne sont plus des figures héroïques lointaines, mais des êtres emportés par une tempête intérieure, hésitants, contradictoires, profondément humains. Ils apparaissent avant tout comme deux jeunes êtres traversés par le doute, la fougue et la douleur, et emportés par une situation qui les dépasse.

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La scène où Rodrigue raconte ses exploits est particulièrement marquante. Juché sur un cheval de fortune, il occupe le centre du plateau et s’impose immédiatement dans l’espace scénique, dominant les autres personnages.

Ce moment devient une véritable construction de son image héroïque. Plus qu’un simple récit, Rodrigue met en scène sa propre grandeur, transformant ses actions en mythe personnel. Il gagne ainsi en aura, en reconnaissance et en statut de héros triomphant.

L’ensemble est porté par un dispositif sonore très efficace, notamment les tambours, qui confèrent à son récit une dimension solennelle et épique. Tout concourt à faire de cette scène un moment de forte intensité, où le personnage s’élève progressivement au-dessus des autres.

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La scénographie imaginée par Éric Ruf accompagne parfaitement ce mouvement. Le décor, tout en transparence, est pensé comme un espace vivant, en perpétuelle transformation. Les structures ajourées, inspirées des moucharabiehs, dessinent des jeux de regards et de profondeur. Rien n’est figé : le plateau se modifie, se recompose et participe pleinement à la dynamique du spectacle. L’ensemble reste d’une grande légèreté, à la fois simple, élégant et efficace.

La lumière de Bertrand Couderc vient souligner l’ensemble avec finesse, guidant le regard et accompagnant les émotions. Tantôt douce, tantôt plus contrastée, elle joue aussi avec la pénombre, qui vient découper l’espace et créer des zones d’ombre plus intimes.

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Les costumes, signés Christian Lacroix, apportent une touche picturale très belle. Les couleurs sont superbes, les silhouettes élégantes. Le bleu pastel de Chimène, le pourpre de l’infante… tout cela compose un ensemble harmonieux et lumineux, qui attire immédiatement l’œil.

 

Les comédiens sont au cœur de cette réussite. Benjamin Lavernhe est un Rodrigue très touchant, à la fois fougueux et fragile, déchiré entre son père et Chimène, il donne au personnage une humanité qui le rend proche de nous. Face à lui, Suliane Brahim est une Chimène intense, engagée, toujours juste qui nous émeut. Leur duo fonctionne à merveille.

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Autour d’eux, la troupe est solide. Didier Sandre apporte une belle émotion à Don Diègue, tandis que Christian Gonon impose un comte de Gormas puissant. Jennifer Decker, en infante, apporte une douceur mélancolique très appréciable. Tous participent à cette impression d’ensemble cohérent. Bakary Sangaré incarne Don Fernand, roi de Castille, avec une autorité naturelle.

Les rôles plus discrets n’en sont pas moins essentiels et apportent une belle harmonie à l’ensemble. Danièle Lebrun, Léonor, gouvernante de l’infante. Clément Bresson, Don Sanche, amoureux de Chimène. Marie Oppert, Elvire, suivante de Chimène. Adrien Simion, Don Arias, gentilhomme castillan. Chahna Grevoz*, page de l’infante. Hippolyte Orillard*, Don Alonse, gentilhomme castillan. Tous apportent une présence juste, simple et maîtrisée, par la fluidité et la justesse de leur jeu.

Ce Cid est une belle réussite. Réjouissant par le talent des comédiens, lumineux par ses costumes et son esthétique, attrayant par son énergie et sa fluidité.

Claudine Arrazat critiquetheatreclau.com  Spectacles Vivants

 

LeCid®JeanLouisFernandez

Conception sonore Bernard Valléry / Coiffures et maquillages Véronique Soulier-Nguyen / Assistanat à la mise en scène Alison Hornus et Sarah Cohen* / Assistanat aux costumes Jean Philippe Pons, Jennifer Morangier et Kali Thommes* / Assistanat à la scénographie Audrey Caume* / Assistanat au son Chadoh Dick*.      *de l’académie de la Comédie-Française

THÉÂTRE DE LA PORTE SAINT-MARTIN du 26 mars au 17 mai 2026.

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Tag(s) : #Critiques, #C.Arrazat
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