Émouvant, Eloquent, Vibrant.
Nage libre est un spectacle vivant, traversé par le chant, le rythme et le mouvement, où la vie circule en permanence sur le plateau.
Le récit s’appuie sur un fait historique : celui de trois nageuses juives autrichiennes du club Hakoah. Privées de leurs titres après avoir refusé de participer aux Jeux olympiques de 1936, elles seront ensuite emportées par l’Histoire et contraintes à l’exil après l’Anschluss.
Rachel, Hannah et Esther étaient alors de jeunes femmes brillantes, incarnant une forme de liberté sportive et joyeuse. En 1995, elles se retrouvent à Vienne, invitées officiellement pour recevoir leurs médailles : une reconnaissance tardive, presque symbolique, qui ne peut effacer ce qui leur a été volé.
C’est dans le cabaret L’Enfer, un lieu qu’elles ont bien connu dans leur jeunesse, que ces retrouvailles ont lieu. Elles y sont reçues par Lust, directeur du cabaret et conseiller municipal. Le lieu, chargé de mémoire, ravive aussitôt les souvenirs enfouis.
Chacune a reconstruit sa vie ailleurs : Rachel arrive de New York, Hannah de Buenos Aires, Esther de Tel-Aviv. Ces retrouvailles, chargées d’émotion, font ressurgir les blessures, mais aussi une forme de dignité intacte.
Le spectacle touche par sa simplicité et la force de son propos, entre mémoire intime et Histoire collective.
Rachel, Hannah et Esther ne se laissent pas enfermer dans le poids de leur passé. Entre gravité et légèreté, elles avancent, se retrouvent, rejouent leur histoire, portées par le mouvement, la musique et une énergie de vie qui ne faiblit pas.
Le cabaret L’Enfer devient un véritable espace de jeu, presque un refuge : un lieu où les corps se délient, où le passé se mêle au présent, où quelque chose de la liberté d’hier semble pouvoir revenir.
On y chante dans plusieurs langues — allemand, yiddish, anglais, espagnol — comme si les identités elles-mêmes refusaient de se figer. Les époques se croisent, les souvenirs glissent vers la fantaisie, sans rupture.
Le personnage de Lust, maître de cérémonie ambigu, orchestre ce bal étrange entre célébration et malaise. Il amuse autant qu’il dérange, rappelant sans cesse que, derrière la fête, affleure une vérité plus sombre. Cette tension nourrit le spectacle et lui donne son relief.
À travers les souvenirs surgit aussi la figure de Mélanie Jacowinski, chanteuse du cabaret L’Enfer, sœur d’Esther, disparue à Auschwitz en 1942. On la voit brièvement revivre dans une vidéo, comme une apparition fragile et bouleversante qui redonne voix et visage à celle que l’Histoire a emportée.
La musique d’Éric Slabiak insuffle une énergie continue, une pulsation vive, presque organique, qui fait respirer l’ensemble.
Le texte et la mise en scène de Lisa Wurmser tissent étroitement mémoire, musique et théâtre, dans un équilibre sensible entre gravité, légèreté et vitalité.
Dans une scénographie de Floriane Benetti — tables, miroirs, sol noir et blanc — nous sommes plongés dans l’atmosphère d’un vieux cabaret, à la fois intime, élégant et chargé de mémoire.
Francine Bergé, Bernadette Le Saché, Flore Lefebvre des Noëttes et Nicolas Struve portent ce spectacle avec justesse et intensité, donnant corps avec sincérité à la part d’ombre et de lumière de ces destins.
Nage libre est un spectacle profondément humain, qui mêle mémoire et émotion avec justesse. Entre passé et présent, il fait résonner l’histoire de femmes libres, blessées mais debout. Il rappelle la violence de cette période de l’entre-deux-guerres et de la Seconde Guerre mondiale, marquée par l’exclusion, les persécutions et l’exil, dont les blessures continuent de résonner aujourd’hui.
Claudine Arrazat critiquetheatreclau.com Spectacles Vivants
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Musiciens Bande – originale : Eric Slabiak, Yuri Shraibman, Ivica Bogdanic /Chanteuse film : Yzoula / Son : Stéphanie Gibert / Costumes : Marie Pawlotsky / Dramaturgie : Daniel Berlioux / Chant : Anne Fischer / Chorégraphie : Gilles Nicolas / Lumière : Philippe Sazerat / Création vidéo : Mathias Cloosloquent
Studio Hébertot 78 bis boulevard des Batigno les - Paris 23 Avril Au 31 Mai
Théâtre Roger Lafaille, Chennevières-Sur-Marne 15 Novembre 2026
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