Une enquête où la vérité se dérobe à mesure qu’elle s’écrit, une intrigue qui préfère brouiller les repères plutôt que de les clarifier. Et cela fonctionne.
La pièce s’empare ici du thriller avec une frontalité assumée. Avec Dérapage(s), le théâtre La Flèche accueille une intrigue qui revendique ses codes et les tord avec malice. Une enquête, un meurtre, des suspects. Le terrain semble balisé, pourtant très vite quelque chose cloche. Et c’est là que le spectacle trouve sa singularité.
/image%2F1888510%2F20260416%2Fob_5b62d6_lisa-lesourd5.jpg)
Le texte de Laura Charpentier prend appui sur les aléas et les arrangements de la mémoire. L’idée pourrait rester théorique, elle devient ici un moteur dramaturgique. Le commandant Cape avance, ou croit avancer, dans une enquête qui se dérobe sous ses pas. J’ai été sensible à cette manière de faire de l’espace mental un espace de fiction où les souvenirs s’écrivent autant qu’ils s’effacent. La pièce pose alors une question simple et dérangeante. Que reste-t-il d’une vérité quand celui qui la cherche la fabrique sans le savoir ?
/image%2F1888510%2F20260416%2Fob_53760a_lisa-lesourd.jpg)
L’écriture joue habilement des points de vue et des retours en arrière. Certaines scènes reviennent, légèrement déplacées, comme si la réalité elle-même hésitait. Le procédé aurait pu perdre le spectateur, il l’implique au contraire. La sensation de participer à l’enquête tout en doutant de ses propres conclusions file tout le long.
La mise en scène de Sophie Nicollas épouse cette instabilité. Le plateau reste épuré, clinique, laissant les corps et les voix installer les variations. Les comédiens dessinent les contours de leurs personnages avec une précision qui évite tout effet appuyé. L’ensemble fonctionne à merveille comme un mécanisme qui se dérègle progressivement. L’interprétation, toute en justesse et en complémentarité, s’impose avec évidence.
/image%2F1888510%2F20260416%2Fob_f519ce_lisa-lesourd2.jpg)
Véronique Bret donne une présence à la fois simple et troublante. Barbara Castin instille une ambiguïté fine et déploie une palette de jeux variés. Laura Charpentier joue dans une tension contenue et vogue sur les émotions avec une sincérité superbe et nuancée. Guillaume Loublier porte avec finesse des ruptures bienvenues. Etienne Ménard installe une ligne plus opaque, avec une puissance et une vibration de jeu remarquables.
Je retiens le travail sur les relations, en particulier ce fil discret mais tenace autour du lien père-fille. Il traverse la pièce comme une clé de lecture latente, jamais imposée. Cela donne au spectacle une épaisseur émotionnelle qui dépasse le simple suspense.
/image%2F1888510%2F20260416%2Fob_a9398a_lisa-lesourd4.jpg)
Les transitions jouent avec la netteté et maintiennent une constance dans le trouble du parcours, ne gênant jamais sa lisibilité. Une confusion savamment écrite et jouée qui nous tient en haleine.
J’ai accroché à ce vertige doux où le vrai se négocie à chaque scène. Dérapage(s) joue avec nos certitudes et les fait glisser sans bruit. Ce trouble-là mérite le détour.
Une pièce où tout se brouille sans jamais se perdre, où le trouble se précise peu à peu. Un polar théâtral comme on aime, qui préfère fissurer la vérité plutôt que la résoudre, et qui s’impose avec maîtrise.
/image%2F1888510%2F20260416%2Fob_09c5ba_5-masques.png)
Spectacle du 15 avril 2026
Frédéric Perez, spectatif.com
De Laura Charpentier. Mise en scène Sophie Nicollas. Costumes Sophie Nicollas et Laura Charpentier. Lumières et musique Thibaut Hok. Assistante mise en scène Éléa Collet. Photos © Lisa Lesourd.
Avec Véronique Bret, Barbara Castin, Laura Charpentier, Guillaume Loublier et Etienne Ménard.
/image%2F1888510%2F20260416%2Fob_9a4377_aff.jpg)
https://theatrelafleche.fr/la-saison/derapages/
/image%2F2626846%2F20250429%2Fob_799377_image-2626846-20180613-ob-d1045b-th13.jpg)
/image%2F2626846%2F20260418%2Fob_3418c1_image-1888510-20260416-ob-69a1ae-lisa.jpg)