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Photos © Philippe Delval.

Photos © Philippe Delval.

Un voyage vénitien étincelant qui donne à l’intrigue de Molière une vitalité et un éclat musical totalement inattendus dans un intermezzo des plus aboutis.

L’Athénée théâtre Louis-Jouvet nous invite à une découverte mémorable où l’intrigue d’Harpagon traverse les Alpes pour se parer des atours du théâtre lyrique. Francesco Gasparini et Antonio Salvi avaient ce talent visionnaire de métamorphoser les chefs-d’œuvre du répertoire français en objets dramatiques nouveaux. Ce travail d’appropriation, le librettiste Salvi l’a également appliqué à d’autres pièces avec une égale réussite. Je trouve passionnant de voir comment la structure de l'intermezzo italien vient condenser l’énergie comique pour n’en garder que la quintessence. C’est une proposition croustillante que j’ai savourée avec gourmandise.

 

Spectacle L’AVARE à l’Athénée théâtre Louis-Jouvet de Gasparini et Salvi

 

La mise en scène de Théophile Gasselin s’empare de cette partition avec une vitalité qui m’a immédiatement séduit. Le spectacle évite la lourdeur de la reconstitution pour privilégier un mouvement perpétuel vif et espiègle. Nous sommes face à un théâtre de tréteaux sophistiqué où chaque geste compte. Le dialogue entre le texte original de Molière et l’adaptation de Salvi crée un relief saisissant, une sorte de jeu de miroirs où les obsessions du vieil avare résonnent avec une drôlerie dont la transposition musicale souligne la saveur inédite.

Louise Caron a imaginé un dispositif jouant sur la profondeur avec une intelligence de l'espace qui m'a ravi. L’Orchestre du Poème Harmonique s'installe à vue côté cour, protagoniste à part entière de cette aventure. Le jeu commence devant le rideau pour favoriser la connivence, avant que celui-ci ne se lève sur différents niveaux de plateau. Quelques accessoires évocateurs suffisent à planter cette maison bourgeoise, créant un dynamisme constant qui évite la monotonie visuelle. Les costumes d'Alain Blanchot siègent avec délice dans cet écrin, rendant l'ensemble fluide, calé et parfaitement accessible.

 

Spectacle L’AVARE à l’Athénée théâtre Louis-Jouvet de Gasparini et Salvi

 

C'est un exercice d'équilibriste que Gasselin et Caron, et leur équipe, maîtrisent ici, en rendant l'ensemble fluide et accessible, toujours drôle et parfaitement calé. L'érudition est mise au service du plus charmant des divertissements. Le voyage est réussi.  

Le travail de Vincent Dumestre mérite une attention particulière tant il insuffle une âme à cette production. Sous la direction du maestro, l’Orchestre du Poème Harmonique déploie toutes les couleurs de la partition avec clarté. La musique ne se contente pas d’accompagner, elle dialogue littéralement avec les interprètes. Dumestre fait preuve d'une adresse de direction qui permet de savourer chaque nuance de la partition de Gasparini. J’ai été conquis par cette osmose entre l’orchestre, les chants et les jeux. La précision baroque s’efface derrière le plaisir de l’écoute.

 

Spectacle L’AVARE à l’Athénée théâtre Louis-Jouvet de Gasparini et Salvi
Spectacle L’AVARE à l’Athénée théâtre Louis-Jouvet de Gasparini et Salvi

 

La mezzo-soprano Éva Zaïcik déploie une palette vocale éblouissante, offrant une épaisseur émotionnelle qui dépasse la simple ruse. Sa voix de soie épouse chaque inflexion avec une aisance déconcertante. À ses côtés, Victor Sicard campe un Pancrazio d’une précision remarquable, dont le baryton solide restitue la fébrilité maniaque de l'avare. Leurs échanges sont un régal où la technique s'efface devant la vérité du théâtre. Serge Goubioud et Stefano Amori complètent ce quatuor avec une présence qui soutient l'action.

Un mariage de raison et de passion entre Venise et Paris pour une redécouverte baroque d’une élégance absolue. J’ai vivement apprécié ce spectacle.

 

 

Spectacle du 10 avril 2026

Frédéric Perez

 

De Francesco Gasparini, Antonio Salvi, d’après L’Avare de Molière. Mise en scène Théophile Gasselin. Direction musicale Vincent Dumestre. Scénographie et assistante mise en scène Louise Caron. Costumes Alain Blanchot. Lumières Christophe Naillet. Photos © Philippe Delval.

Avec Éva Zaïcik, Victor Sicard, Serge Goubioud, Stefano Amori.

 

 

Tag(s) : #spectatif, #Fréderic Perez
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