SABOR-LIFE IS RHYTHM au théâtre des 3 clés

SABOR Life is Rhythm s’affirme comme une démonstration de savoir-faire assumée, où la maîtrise technique impressionne davantage qu’elle ne cherche à déplacer le regard vers l’imaginaire ou la poésie. La promesse est claire et tenue à la lettre. Le rythme est là, omniprésent, parfois grisant, parfois si contrôlé qu’il finit par se répéter.

Le spectacle s’organise comme une suite de numéros, assumant une filiation avec le music-hall. Les corps frappent, glissent, claquent, inscrivant la Tap dance et ses battles habituelles au cœur de la proposition. Les percussions du cajón et des claquettes dialoguent avec les pas dansés. La synchronisation impressionne. La maîtrise technique est indéniable. Les artistes savent exactement où poser le pied, la main, l’accent. Cette précision force le respect et installe une énergie continue qui embarque une partie du public avec un enthousiasme communicatif, porté aussi par une salle largement acquise à la proposition.

Je reste toutefois à distance de cette mécanique très huilée. La chorégraphie, efficace, explore peu de variations et s’installe parfois dans des boucles un peu longues. La Tap dance, par nature propice au jeu, à la réponse rythmique et à l’imprévu, demeure ici dans un cadre très balisé. Le plaisir de la virtuosité se répète là où un pas de côté, une surprise pourraient ouvrir d’autres horizons. Le spectacle préfère la performance à l’émotion, la démonstration à l’abandon. Pourquoi pas.

Les interprètes se donnent sans compter. La générosité est palpable, le sourire jamais absent, l’adresse au public franche. Jofre Costa imprime une présence charismatique, rythmique et visuelle. Gaëtan Farnier séduit par une danse précise et engagée. Ivan Bouchain cultive une bonhomie démonstrative, pensée pour accrocher la salle. Tandis que Dominique Cresswell chante et danse avec tonus, et enrichit la troupe de nuances sensibles. À la contrebasse et à la basse électrique, Ernesto Vargas tisse une assise sonore solide.  L’ensemble fonctionne comme une troupe soudée, fière de son projet, et cette cohésion crée une chaleur évidente dans la salle.

La mise en vie privilégie l’efficacité et la lisibilité. Peu d’effets superflus, une scénographie fonctionnelle, des lumières simples qui soulignent le mouvement sans le parasiter. Tout concourt à mettre en valeur le geste, le son et le rythme, parfois au détriment d’une narration plus incarnée ou d’un imaginaire plus audacieux.

SABOR Life is Rhythm convainc par sa rigueur et son énergie, laisse un peu sur sa faim côté invention, et rappelle que la Tap dance, aussi brillante soit-elle, gagne encore à se laisser bousculer pour devenir pleinement artistique.

 

Spectacle du 5 février 2026

Frédéric Perez, spectatif.com

 

Conception d'Yvan Bouchain, Gaëtan Farnier,  Jofre Costa et Ludovico Hombravella. Musique Ernesto Vargas.

Avec les danseurs Jofre Costa en alternance avec Tommaso Maria Prazzoli, Gaëtan Farnier, Ivan Bouchain et Dominique Cresswell.

Contrebasse et basse électrique Ernesto Vargas.

 

 

Tag(s) : #spectatif
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