© Vincent Beaume

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Burlesque, Glaçant, Eloquent.

Au XXᵉ siècle, Eugène Ionesco révolutionne le théâtre en explorant les limites du langage et de la logique. Né en Roumanie et élevé en France, son expérience des cultures nourrit ses thèmes de solitude et d’isolement. La leçon est une pièce de théâtre en un acte écrite en Février 1951, ce « drame comique » est l'une des premières œuvres de l'auteur et du « théâtre de l'absurde » dont Eugène Ionesco fut l'un des fondateurs.

La Leçon commence comme un jeu léger : rires, maladresses, échanges absurdes. Mais vite, l’écriture d’Ionesco se fait sentir. Il joue avec une langue désordonnée, qui échappe à toute logique, pour montrer combien les mots et les situations peuvent devenir oppressants. Le langage se charge, se répète, se durcit. Le professeur impose son autorité avec calme, certitude et jouissance. L’élève s’épuise, souffre prisonnière des mots. Le comique glisse vers un malaise profond. Le spectateur est troublé et inquiet : l’issue sera-t-elle fatale ? Entrons-nous dans un cycle implacable? 

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La Leçon révèle comment le savoir et le pouvoir s’imposent, comment l’autorité et les systèmes de domination exercent leur violence, et comment la parole écrase toute résistance, en particulier celle des femmes, souvent victimes de la pire brutalité. 

La mise en scène de Robin Renucci est orchestrée avec minutie : chaque silence, chaque répétition, chaque geste participe à la montée d’une inquiétante tension. On passe du rire à la crainte, pris dans une spirale basculant progressivement vers l’horreur. Le burlesque de départ est installé avec justesse pour mieux surprendre quand l’inquiétude et la menace s’installent.

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La scénographie de Samuel Poncet, à la fois simple et géométrique, repose sur des formes anguleuses  qui délimitent l’espace central. Côté jardin, dans la pénombre, s’accumulent des bûches de bois, dont certaines prennent la forme de croix ; côté cour, l’espace s’enfonce dans l’ombre. L’ensemble crée une atmosphère étroite et oppressante. La lumière, froide et verticale, de Sarah Marcotte, isole les acteurs, les découpe et les rend vulnérables. Le son d’Orane Duclos intensifie les émotions.   

Le Professeur, incarné avec grand brio par Robin Renucci, est terrifiant et glaçant.

L’élève, interprétée par Inès Valarcher, fait une entrée joyeuse :  casque sur les oreilles, en jogging, esquissant quelques acrobaties. Peu à peu pourtant, sa voix se brise, son assurance se fissure ; chaque mouvement trahit la fatigue et la vulnérabilité. Elle nous émeut et nous bouleverse.

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La Bonne, Christine Pignet, incarne avec justesse le rouage silencieux qui permet au système de perdurer.

La Leçon ne moralise pas et n’explique pas : elle expose un mécanisme. Elle interroge la frontière fragile entre transmettre et imposer, entre apprendre et dominer. Elle rappelle, de manière burlesque puis glaçante, que la violence commence souvent par une parole trop assurée et que l’horreur peut s’installer doucement, sans que l’on s’en aperçoive.

Claudine Arrazat  critiquetheatreclau.com

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Assistanat à la mise en scène : Sven Narbonne | Costumes : Jean-Bernard Scotto

Vu le 04/02/2026

Théâtre de La Criée à Marseille du 29 JANV  → 13 FÉV

 

Mardi 3 & Mercredi 4 mars 202

Jeudi 5 mars 2026

Dimanche 8 mars 2026

Mardi 10 mars 2026

Vendredi 13 mars 2026

Mardi 17 mars 2026

Jeudi 19 mars 2026

Mardi 24 mars 2026

Mardi 31 mars 2026

Jeudi 2 avril 2026

Mardi 7 & Mercredi 8 avril 2026

Jeudi 9, Vendredi 10,

Théâtre du Bois de l'Aune - Aix-en-Provence

Théâtre d'Arles

Istres - Scène et Ciné

Théâtre du Chêne Noir - Avignon

Théâtre des Trois Ponts - Castelnaudary

Théâtre Olympe de Gouges - Montauban

Théâtre Ducourneau - Agen

La Halle aux Grains - Bayeux

Le Préau CDN de Vire

Théâtre municipal de Domfront

Châteauvallon

Théâtre National de Nice

Tag(s) : #Province, #Critiques, #C.Arrazat
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