Hebertot_Dans-le-couloir -©-DR

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Tendre amer, Emouvant.

Dans le couloir nous conte la solitude d’un couple vieillissant qui, au fil des années, s’est peu à peu éloigné de ses enfants. Une distance qui ne s’est pas faite par hasard, mais qui semble s’être construite autour de la froideur et de l’intransigeance du père.

Lui, Jean-Pierre Darroussin, ancien magistrat, bougon, austère, usé par les années, cache son désarroi et ses sentiments derrière une froideur défensive.

Elle, Christine Murillo, incarne une mère vieillissante, nerveuse, souvent cassante envers son époux, mais profondément affectée par l’éloignement de ses enfants et de ses petits-enfants. Mère poule, attachée aux liens familiaux, elle porte en elle le regret, le manque et une tristesse face à cette absence qu’elle n’a jamais vraiment acceptée. Les enfants sont partis, les petits-enfants sont presque inconnus, et le couple se retrouve seul, enfermé dans un quotidien fragile.

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Lorsque survient le retour imprévu de leur fils quinquagénaire, « aux cheveux blancs », comme le souligne le père avec une distance presque ironique, il revient vivre chez eux, mais sans jamais vraiment revenir à eux. Il s’enferme dans sa chambre, ne leur parle pas et se retranche derrière une porte close. Sa présence silencieuse devient une épreuve supplémentaire, vécue comme un désespoir par la mère, qui attend un signe, une parole, un geste qui ne vient pas.

Charles Tordjman nous offre une pièce minutieusement orchestrée, tout en retenue. Le texte avance par petites touches, par répétitions, par silences lourds de sens. Le couloir devient l’espace central de la pièce : un lieu de passage transformé en lieu d’attente, où l’on se croise sans se rejoindre, où l’on espère sans jamais obtenir de réponse. La porte de la chambre du fils agit comme un point de fixation permanent, cristallisant les tensions, les regrets et les incompréhensions. Ce qui se joue derrière importe moins que ce qu’elle empêche : la possibilité du dialogue.

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La scénographie de Vincent Tordjman, renforce ce sentiment d’isolement : un couloir aux parois sobres, quelques portes, quelques chaises. Rien de superflu. L’espace est simple, un peu oppressant, presque étouffant.

Les lumières de Christian Pinaud, accompagnent discrètement les émotions des personnages. Elles soulignent le temps qui passe, isolent parfois les personnages et rendent palpable leur solitude.

Christine Murillo et Jean-Pierre Darroussin livrent une interprétation d’une grande justesse. Leur relation est faite de heurts, de malentendus, de tendresse maladroite. Leurs corps racontent autant que leurs mots : gestes retenus, regards évités, élans aussitôt réprimés. Tout est maîtrisé, parfois jusqu’à maintenir le spectateur à distance, ce qui laisse un petit regret de ne pas avoir été plus fortement emporté par l’émotion.

Une pièce tendre-amère et émouvante, de Jean-Claude Grumberg, pleine d’humanité. Touchante par l’humour discret, la fragilité et l’humanité de ses personnages.

Claudine Arrazat critiquetheatreclau.com

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Assistante mise en scène Pauline Masso / Costumes Anne Yarmola / Musique Vicnet / Une coproduction Théâtre Hébertot, MK PROD' et Billal Chegra

Théâtre Hébertot    78 bis bd des Batignolles 75017 Paris

À partir du 24 janvier 2026 Du mercredi au samedi à 19h Le dimanche à 17h30

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Tag(s) : #Th Hébertot, #Critiques, #C.Arrazat
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