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Puissant, Envoutant, Bouillonnant.

Le cercle de craie remonte à une pièce chinoise du XIIIᵉ siècle, attribuée à Li Hsing-Tao. Ce conte raconte un drame dont l’intrigue s’inspire sans doute du Jugement de Salomon, mais remplace la célèbre proposition de couper l’enfant en deux par le symbole du cercle de craie. En 1954, Bertolt Brecht reprend cette légende chinoise pour créer à Berlin Le Cercle de craie caucasien, une réécriture qui transpose le récit originel.

Bertolt Brecht situe l’histoire en temps de guerre, dans un kolkhoze. Alors que les puissants fuient lors d’un soulèvement révolutionnaire. Groucha, simple fille de cuisine, se retrouve face à l’urgence. Elle décide de sauver Michel, le fils  nouveau-né du gouverneur abandonné par négligence dans la fuite. Commence alors pour elle une succession d’épreuves. Cette jeune femme devient un symbole du courage au milieu du désastre.

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Quelques années plus tard, la seconde partie met en scène l’étrange juge Azdak, qui bouleverse les règles et dérange l’ordre établi. Rendant une justice à sa manière, il doit départager la mère biologique de Michel, la femme du gouverneur, et Groucha, qui, les années passant, considère l’enfant comme le sien. Il va  les soumettre à l’épreuve du « cercle de craie ». Une justice qui semble bancale, mais qui se révèle profondément humaine.

À travers le destin de Groucha et l’originalité du juge Azdak, Bertolt Brecht nous rappelle que l’héroïsme et la justice résident dans l’amour, la générosité et le courage des plus modestes.

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La mise en scène d’Emmanuel Demarcy-Mota nous offre un beau travail de troupe, orchestré avec dynamisme et minutie, passant du tragique au burlesque, du chant à la cruauté, avec une grande fluidité. Entre autres, la mise en abyme, faisant surgir la mécanique de la justice est d’une force poétique et symbolique qui nous réjouit autant qu’elle nous interroge.

Que signifie défendre la justice et l’humanité aujourd’hui ?

La scénographie de Natacha Le Guen de Kerneizonet d’une belle esthétique et nous plonge dans un monde sombre, en ruines, instable. Tout bouge, rien n’est figé, les décors se transforment en un tour de main : des arbres apparaissent puis s’effacent, une potence se dresse au milieu du plateau, un pont de fortune fait de planches disjointes et de cordes, tendu au-dessus d’une vallée, se déploie soudain…nous ne sommes point à la fin de nos surprises.

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Nous ressentons l’odeur de la guerre, de la peur et de la misère. La lumière intensifie les émotions : tantôt crue, tantôt presque irréelle, elle sculpte les silhouettes et isole les figures dans la nuit. Elle crée des tableaux saisissants, parfois proches du cauchemar, parfois d’une douceur inattendue.

Marie-France Alvarez, Ilona Astoul et Élodie Bouchez incarnent Groucha Vachnadzé, aux côtés de Céline Carrère, Jauris Casanova, Valérie Dashwood, Philippe Demarle, Édouard Eftimakis, Sandra Faure, Gaëlle Guillou, Sarah Karbasnikoff, Stéphane Krähenbühl, Gérald Maillet, Ludovic Parfait Goma et Jackee Toto, nous ravissent par la justesse de leur JEU. Ils glissent d’un rôle à l’autre avec aisance et talent. Groucha incarne le courage, la générosité et une résistance silencieuse et bouleversante. Le juge Azdak, figure grotesque et paradoxale, trouble autant qu’il fascine.

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Le Cercle de craie caucasien met en lumière des personnages modestes confrontés à la violence de l’Histoire et interroge profondément notre conception de la justice et de l’héroïsme. Bertolt Brecht affirme que la véritable grandeur réside dans les gestes simples, dans une bonté sans éclat mais essentielle.

Où se situent aujourd’hui l’humanité, la responsabilité et la justice?

Claudine Arrazat

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Marie-France Alvarez : Natella Abaschvili la femme du gouverneur, Une voisine, Une soldate, Un médecin / Ilona Astoul : Une femme de chambre, Aniko la belle-sœur, L’enfant Michel Abaschvili, Une musicienne / Élodie Bouchez : Groucha Vachnadzé / Céline Carrère : La première médecin, Une femme dans la forêt, Une contrebandière,  Une voisine, Une soldate, Le paralytique, La deuxième avocate / Jauris Casanova : Le deuxième médecin, Le paysan dans la forêt, Youssoup, Le grand-duc,  Un soldat, Le vieux / Valérie Dashwood : Le messager, Une soldate, Une voisine, Azdak écrivain de village / Philippe Demarle : Georgi Abaschvili le gouverneur, Brigadier Chotta, Frère Anastase, Un soldat / Edouard Eftimakis : L’aide de camp Chalva, Tête de bois, Un musicien, Le neveu du prince obèse / Sandra Faure : Arsène Kazbeki le prince obèse, Une contrebandière, Une voisine, Une soldate / Gaëlle Guillou : La gouvernante, La paysanne, Une voisine, Une soldate, Un soldat de l’escadron noir,  Le messager, La vieille / Sarah Karbasnikoff : Une cuisinière, La mère de Youssoup, Une soldate, Le maître-chanteur / Stéphane Krähenbühl : Un soldat, Un valet d’écurie, Laurenti Vachnadzé frère de Groucha, Le boiteux / Gérald Maillet : Le soldat Simon Chachava, Un soldat de l’escadron noir, Un musicien / Ludovic Parfait Goma : Un soldat, Un serviteur au palais du gouverneur, Un voisin, Le policier Chauva / Jackee Toto   : L'architecte, Un soldat de l'escadron noir, Un contrebandier, Un voisin, Un soldat,  Le premier avocat

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Traduction en français Georges Proser / Collaboration artistique  / Assistanat à la mise en scène Julie Peigné  / Scénographie Natacha Le Guen de Kerneizon   assistée de Céline Diez / Costumes Fanny Brouste assistée de Lucile Charvet / Lumières Thomas Falinower, Emmanuel Demarcy-Mota assistés d’Erwan Emeury / Musique Arman Méliès / Son Flavien Gaudon, Victor Koeppel / Vidéo Renaud Rubiano assisté de Yann Philippe  / 2e assistante mise en scène Judith Gottesman / Coaching acteurs Jean-Pierre Garnier  / Objets de scène Erik Jourdil assisté de Marie Grenier / Maquillage et coiffures Catherine Nicolas  assistée de Sophie Douchez / Masques Bruno Jouvet assisté de Fanny Grappe  / Régisseur principal de scène Romain Cliquot / Dramaturgie et documentation François Regnault,  Bernardo Haumon

Théâtre de la Ville-Sarah Bernhardt 28 janvier - 20 février  2026

Tag(s) : #Th de la Ville, #Critiques, #C.Arrazat
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