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Percutant, Eloquent, Questionnant.

Jonas Hassen Khemiri est un écrivain et dramaturge suédois né à Stockholm en 1978, d’un père tunisien et d’une mère suédoise. Il grandit entre Stockholm, Paris et New York, une trajectoire qui irrigue toute son œuvre. Révélé par le roman Ett öga rött en 2003, puis Montecore en 2006, il s’impose aussi au théâtre avec des textes incisifs, où le langage devient un outil politique à part entière.

Christophe Rauck réunit au Théâtre Nanterre-Amandiers deux de ses pièces majeures, Presque égal et J’appelle mes frères, présentées sous le titre Presque frère. Dans un dispositif bi-frontal, le metteur en scène met en regard deux forces qui traversent nos sociétés : l’argent et la peur de l’autre.

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Dans Presque égal, le capitalisme se déploie comme une mécanique implacable. Les personnages courent après un avenir meilleur mais restent enfermés dans une compétition sans issue. Andrej cherche un emploi, Martina rêve d’une ferme bio, Mani veut changer le système, Freya espère une revanche après son licenciement, Peter survit en expert du marketing de rue. Tous sont happés par un même vertige : l’argent, omniprésent, qui façonne les désirs et abîme les relations.

Puis, Presque frère prend appui sur un attentat survenu à Stockholm en 2010. Amor, jeune homme issu de l’immigration, victime de soupçons liés à son apparence, erre dans un climat de paranoïa généralisée. Les appels se succèdent, les conseils aussi : se taire, se fondre dans la masse, ne pas attirer l’attention. À travers un monologue intérieur tendu, Khemiri explore la culpabilité imposée, l’identité fragilisée et la violence sourde du soupçon.

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Deux pièces qui nous conte  avec justesse les failles intimes et politiques de notre présent.

La mise en scène de Christophe Rauck est magnifiquement orchestrée : les scénettes se heurtent et s’enchaînent avec dynamisme et vitalité. Chaque geste compte, chaque silence parle. Le texte va droit au but. Nous ressentons la fragilité des personnages, leurs rêves brisés, et leurs désillusions, au milieu des contraintes sociales, économiques et politiques qui les étouffent. Le dispositif bi-frontal nous porte au plus près des comédiens et renforce l’intensité des émotions.

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La scénographie de Simon Restino, sobre, laisse toute la place au jeu, au rythme et à la parole, tout en laissant libre cours à l’imaginaire. La lumière d’Olivier Oudiou crée les ambiances, distingue les univers et souligne tensions, humour et angoisse, tout en guidant le regard du spectateur. Le son et la musique de Sylvain Jacques dynamisent le spectacle : bruits urbains, explosions ou sons abstraits renforcent les émotions. La vidéo d’Arnaud Pottier complète l’espace scénique et enrichit le récit.

Les comédiens : Virginie Colemyn / Servane Ducorps / David Houri / Mounir Margoum / Julie Pilod / Lahcen Razzougui / Bilal Slimani / Aymen Yagoubi et Wassim Jraidi : (en alternance), incarnent avec brio divers personnages,  la justesse de leur jeu,  nous émeut et nous transporte.

Presque égal, presque frère est un spectacle puissant qui mêle engagement politique et émotion intime. Il nous invite à réfléchir sur notre rapport à l’autre et aux mécanismes de notre société.

Claudine Arrazat.

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Virginie Colemyn : Silvana  Freya, la coach emploi, Angelika (Presque égal à) Tyra (J’appelle mes frères)

Servane Ducorps : Martina, la femme de pôle emploi (Presque égal à) Ahlem (J’appelle mes frères)

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David Houri : Mani (Presque égal à) Le filateur (J’appelle mes frères)

Mounir Margoum : Peter, l’homme de Pôle emploi, le pasteur (Presque égal à) Amor (J’appelle mes frères)

Julie Pilod : Martina, Laura Lorenzo (Presque égal à) Valeria et Karolina (J’appelle)

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Lahcen Razzougui : Caspar Van Houten, l’orateur de l’entracte, l’employé du magasin d’alcool (Presque égal à) Shavi (J’appelle mes frères)

Bilal Slimani : Andrej (Presque égal à), le vendeur (J’appelle mes frères)

Aymen Yagoubi et Wassim Jraidi : (en alternance) Ivan, petit frère d’Andrej (Presque égal à)

 

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Dramaturgie, collaboration artistique Marianne Ségol / Scénographie Simon Restino / Musique Sylvain Jacques / Lumière Olivier Oudiou / Costumes Coralie Sanvoisin / Maquillages et coiffures Cécile Kretschmar / Vidéo Arnaud Pottier  /  / Assistant à la mise en scène Achille Morin / Traduction du suédois Marianne Ségol

Théâtre Nanterre-Amandiers    7 Avenue Pablo Picasso, 92000 Nanterre ·

Mar, Mer, Jeu, Ven À 19h30 / Sam À 18h / Dim À 15h

Durée estimée : 3h30

Tag(s) : #Th des Amandiers Nanterre, #Critiques, #C.Arrazat
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