Éloquent, Emouvant, Captivant.
Les Fabuleuses, une série théâtrale sur les femmes scientifiques, écrite par Élisabeth Bouchaud, raconte l’histoire de grandes chercheuses effacées des livres de sciences : Lise Meitner, qui a compris la fission nucléaire, Jocelyn Bell, qui a découvert les pulsars, Rosalind Franklin, qui a révélé la structure en double hélice de l’ADN et Marthe Gauthier qui a découvert le chromosomes 21.
Élisabeth Bouchaud nous offre un texte sur Marthe Gautier, découvreuse longtemps effacée de la trisomie 21. Avec sobriété et précision, la pièce transforme une injustice historique en expérience sensible, laissant affleurer colère contenue, dignité et lente reconquête de la parole.
Le spectacle s’ouvre sur une conférence de janvier 2014, annoncée puis soudain annulée. Révéler la vérité aurait été trop beau. Marthe reste seule sur scène, exclue du lieu où cette parole attendait d’être entendue.
Après ce faux départ, qui dit déjà tout de la « chercheuse oubliée », la pièce remonte dans le temps. Deux Marthe se croisent sur scène : Marie-Christine Barrault, Marthe de 2014, marquée par plus d’un demi-siècle de silence, et Marie Toscan, la jeune chercheuse des années 1950, concentrée, rigoureuse et obstinée.
Née en 1925 dans un milieu modeste, Marthe Gautier devient interne des hôpitaux de Paris en 1950, dans un monde médical encore largement masculin. Entre 1956 et 1957, elle se forme à Harvard aux techniques de culture cellulaire, alors inconnues en France. De retour à l’hôpital Trousseau, elle découvre en 1958 un chromosome surnuméraire sur la paire 21, révélant l’origine chromosomique de la trisomie 21.
En 1959, la découverte est publiée par Jérôme Lejeune, qui s’en attribue l’essentiel du mérite.
Au fil de l’histoire, nous découvrons comment Jérôme Lejeune a été célébré et s’est vu attribuer tous les honneurs après la publication de la découverte en 1959, récompensée par le prix Kennedy en 1962, tandis que Marthe Gautier restait dans l’ombre, victime d’une injustice longtemps passée sous silence. Elle sera enfin reconnue et élevée au rang de commandeur de la Légion d’honneur en 2018.
La découverte du chromosome 21, détectable chez la femme enceinte, a rapidement relancé le débat sur l’avortement thérapeutique, à une époque où le droit à l’IVG n’était pas encore garanti. Les discussions furent vives et les polémiques nombreuses. Il a fallu attendre le 17 janvier 2015 pour que la loi Veil soit définitivement adoptée, consacrant le droit à l’avortement et marquant un tournant dans l’histoire médicale et sociale.
La mise en scène de Julie Timmerman, magnifiquement orchestrée, fait vivre à la fois le temps de la découverte et celui de la dépossession, mêlant passé et présent, gestes et silences. Chaque regard, chaque mouvement raconte la fragilité de la science et la violence du pouvoir établi, laissant parler les gestes et les silences, sans juger.
La scénographie de Luca Antonucci, sobre et presque clinique, mêle salle de conférence, laboratoire et intimité de l’appartement, où souvenirs, émotions et tensions silencieuses se mêlent. Plus tard, lors de la rencontre de Jérôme Lejeune avec le pape Jean-Paul II, une balafre rouge traverse le plateau, évoquant le pouvoir religieux et la morale.
La création vidéo de Thomas Bouvet, évoquant le microscope, met en avant la rigueur du travail scientifique, la création lumières de Philippe Sazerat suggèrent un monde qui scrute et organise.
Marie-Christine Barrault, incarnant Marthe Gautier de 2007 à 2014, impressionne par la sobriété de son jeu. Chaque geste, chaque regard, chaque mot pèse. Elle donne à cette femme âgée une autorité tranquille, une parole mesurée, où les silences disent autant que les phrases.
Marie Toscan, remarquable, interprète la jeune Marthe (1955–1958) avec conviction et prestance.
Matila Malliarakis, dans le rôle de Jérôme Lejeune, évite toute caricature. Son jeu, juste, rend d’autant plus troublante l’appropriation de la découverte et la violence qui s’y loge.
Mathieu Desfemmes incarne plusieurs rôles avec talent et distinction. Il incarne les institutions scientifique, médicale et religieuse, donnant au spectacle sa dimension politique sans jamais forcer le trait.
La Découvreuse oubliée met en lumière l’injustice faite à Marthe Gautier tout en célébrant sa résilience et sa contribution essentielle à la science.
Claudine Arrazat critiquetheatreclau
Marthe Gautier entre 2007 et 2014 : Marie-Christine Barrault
Marthe Gautier entre 1955 et 1958, une journaliste, un huissier : Marie Toscan
Jérôme Lejeune, un huissier : Matila Malliarakis
Raymond Turpin, une infirmière, Le Pape Jean-Paul II : Mathieu Desfemmes
Assistante mise en Scène : Véronique Bret / Scénographie : Luca Antonucci / Création lumières : Philippe Sazerat / Costumes : Muriel Mellet / Création son : Mme Miniature / Création vidéo : Thomas Bouvet / Accessoires : Olivier Defrocour.
Théâtre la Reine Blanche 2 bis passage Ruelle 75018 Paris
Du jeudi 22 janvier au dimanche 29 mars / Du mercredi au vendredi à 19h, samedi à 18h, dimanche à 16h
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