Au Théâtre Paris-Villette, Rose trouve une place juste et accueillante. Le spectacle s’adresse aux adolescents sans se refermer sur eux, autant qu’aux adultes qui y trouvent aussi une matière sensible, familière, parfois troublante, souvent souriante. La pièce circule entre hier et aujourd’hui avec une grande clarté, portée par un texte qui avance par touches précises et par une mise en scène qui sait rester lisible sans perdre sa vivacité.
Le texte d’Isabelle Hubert possède une adresse directe qui donne au récit une fluidité constante. Il voyage entre l’adolescence de Rose et son présent d’adulte sans jamais perdre le fil. Il interroge aussi la solitude, l’amitié réparatrice, le regard porté sur soi, la difficulté à trouver sa place et la peur de ne pas correspondre aux attentes.
Comment entendre la parole des adolescents lorsque qu’elle transporte un appel ? Quelle place les adultes laissent à cette parole ? Que faire des souvenirs de l’adolescence qui continuent d’agir à l’âge adulte ?
Ces questions se répondent et se déplacent au fil du récit. J’ai apprécié cette manière de faire confiance à l’intelligence du public, sans réponses toutes faites ni messages appuyés.
La mise en scène de Mario Borges et Carol Cassistat se montre astucieuse et précise. Les passages d’une temporalité à l’autre restent lisibles et souples. L’espace scénique repose sur des éléments simples et parlants. Un praticable inclinable occupe le plateau et devient tour à tour lieu de retrait, de confrontation ou de passage. Une chaise à jardin et un fauteuil à cour suffisent à dessiner les situations et les rapports. Cette économie de moyens met en valeur le jeu et accompagne le mouvement intérieur des personnages avec beaucoup de clarté.
La scénographie d’Odile Gamache s’inscrit dans cette logique de suggestion. Les lumières de Renaud Pettigrew dessinent des ambiances nettes, parfois resserrées, parfois plus ouvertes, toujours au service de la situation. L’environnement sonore imaginé par Stéphane Caron et la vidéo conçue par Julien Blais enrichissent le plateau avec retenue. Ces éléments dialoguent avec le jeu sans jamais le recouvrir.
J’ai été particulièrement frappé par la qualité du jeu, par cette façon d’être proche du public sans chercher l’effet. Les comédiens parlent comme à des amis, avec une sincérité qui ne s’affiche pas mais qui s’installe. Pierre Yves Charbonneau, Éva Daigle, Célia Gouin Arsenault et Félix Lahaye forment un ensemble très attentif, où l’écoute compte autant que la parole. Le public perçoit immédiatement cette confiance partagée. Les regards circulent, les silences existent, les mots arrivent sans soulignement inutile.
Rose aborde des sujets sensibles avec une douceur ferme. Le spectacle propose un chemin et laisse de la place aux émotions et à la réflexion. J’y ai ressenti une générosité dans ce récit partagé avec simplicité, chaleur et attention. Un spectacle touchant et plaisant, sans doute mémorable. Je conseille vivement cette découverte.
Spectacle du 28 janvier 2026
Frédéric Perez, spectactif.com
Texte Isabelle Hubert. Mise en scène Mario Borges et Carol Cassistat. Scénographie Odile Gamache. Costumes Noémie Richard. Lumières Renaud Pettigrew. Environnement sonore Stéphane Caron. Vidéo Julien Blais. Assistance à la mise en scène Amélie Claude Riopel. Avec Pierre Yves Charbonneau, Éva Daigle, Célia Gouin Arsenault et Félix Lahaye.
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