Puissant, Poignant, Déchirant.
Sur la scène nue de la Chapelle du théâtre des Halles, Sabrina Kouroughli et Gaëtan Vassart nous offrent bien plus qu’un simple huis clos. Ils incarnent, avec une vérité sidérante, le dernier sursaut d’un couple pris dans l’étau de l’Histoire : Alexeï Navalny, de retour du coma, prêt à retourner en Russie malgré la menace de mort ; et Ioulia, sa femme, son double, sa conscience, qui tente de le retenir, de l’aimer assez fort pour le sauver. Entre eux, les tensions entre engagement politique, amour et survie prennent une dimension vertigineuse.
La mise en scène, sobre, épurée, dépouillée de tout artifice, donne une grande place aux corps, aux silences, aux regards, et surtout aux mots qui viennent nous bouleverser en plein cœur. Chaque geste compte, chaque intonation vibre de douleur contenue. Alexeï et Ioulia nous font franchir un seuil interdit, celui de l’intime, de la dernière nuit avant le néant, au bord de l’abîme. Ce n’est plus seulement une pièce : c’est une traversée.
Les comédiens, Sabrina Kouroughli et Gaëtan Vassart, sont remarquables, et bien plus que remarquables : bouleversants. Leur jeu fait frémir le spectateur. Le texte, de Gaëtan Vassart, inspiré d’un dialogue perdu ou censuré, devient ici une parole arrachée à l’oubli, un souffle de vie contre la mécanique du pouvoir, contre l’écrasement de l’individu.
Nous ressortons avec la gorge nouée, les yeux humides, traversés par quelque chose de rare au théâtre, un mélange de force, de douleur et de lumière.
Alexeï ne se sacrifie pas : c’est un homme aimant sa femme et ses enfants, mais ne voulant point abandonner ses frères. Il est contradictoire, mais entier, croyant à la lutte pour la liberté. Ioulia se bat avec force et conviction pour garder en vie son amour, contre la fatalité.
Dans ce combat intime et politique se nouent le pouvoir, le courage, le renoncement, l’exil, l’amour, le désespoir, mais aussi l’espérance. Un huis clos puissant et bouleversant.
Après L’Art de perdre, Kouroughli et Vassart poursuivent un théâtre de résistance lucide, pudique, vibrant. Alexeï et Ioulia est une œuvre nécessaire. Un chant d’amour inoubliable. À voir absolument.
Claudine Arrazat
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Erik Priano - Lumière
Christophe Séchet - Création son
Isabelle Muraour - ZEF - Presse
Festival Avignon du 5 au 26 juillet relâche les 9, 16, 23 juillet à 14h00 D : 1h05 au Théâtre des Halles
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