COMME UNE MOUETTE  (c) Raphaël Treiner

COMME UNE MOUETTE (c) Raphaël Treiner

 Vibrant, Eloquent, Emouvant.

 Sara Llorca revisite La Mouette à travers l’adaptation de Marguerite Duras, faite de coupes et de réécriture. Elle resserre l’action et retravaille le texte pour cinq interprètes : l’oncle Sorine, qui accompagne et soutient la pièce en live au piano ; Irina, actrice vieillissante voulant rester désirable et admirée ; son fils Constantin, souhaitant inventer un théâtre nouveau et être aimé de sa mère ; Nina, jeune fille tendre rêvant de devenir comédienne ; et Boris, écrivain à la mode, désabusé, faible et séducteur.

Une réécriture lumineuse allant à l’essentiel où passions, ambition, désirs, jalousie, rivalités, amour, admiration et désillusions s’entrechoquent, jusqu’à ce que les illusions de la jeunesse se consument et se fracassent face à des aînés impassibles

COMME UNE MOUETTE (c) Raphaël Treiner

Nous sommes d’emblée accueillis par Constantin. Il appelle son oncle Sorine, qui accompagnera la représentation au piano tout au long du spectacle, puis il nous annonce la présentation de sa pièce. La jeune Nina, dont il est profondément amoureux, le rejoint, tiraillée entre l’inquiétude et la joie  de monter sur scène. Nous percevons  chez eux deux l’excitation fragile des commencements, ce mélange de trac et d’espérance propre aux premiers élans artistiques.

Mais, Constantin attend avec impatience l’arrivée de sa mère, Irina, ainsi que celle de son amant, Boris. Lorsqu’ils paraissent, ils viennent s’installer parmi les spectateurs. Le quatrième mur est aussitôt aboli : la frontière entre la scène et la salle se dissout sous nos yeux.

Rien ne se passe comme prévu. Irina est trop narcissique pour s’intéresser aux autres même s’il s’agit de son fils. Pour parachever le tout, Boris tombe sous le charme de Nina…

Nina viendra-t-elle comédienne ?

Constantin  finira-t-il par avoir du succès pour ses écrits et la reconnaissance de sa mère ?

COMME UNE MOUETTE (c) Raphaël Treiner

La mise en scène de Sara Llorca est orchestrée avec minutie : les comédiens oscillent entre leurs personnages et eux-mêmes, créant un entre-deux où réalité et fiction se confondent. Leur vitalité et la justesse de leur jeu font surgir tensions, désirs et rivalités dans un univers où les silences et les non-dits prennent autant de poids que les mots.

La scénographie de Guillaume Honvault, sobre et ingénieuse, accompagne le récit : elle guide le spectateur du domaine extérieur au salon intime où se croisent les protagonistes, puis met en lumière, dans le vide du plateau, le bureau de Constantin, symbole de son monde intérieur et de son obsession pour l’écriture. Chaque espace scénique reflète les tensions et les désirs des personnages intensifié par la variation de lumière de Stéphane « Babi » Aubert.

COMME UNE MOUETTE (c) Raphaël Treiner

Sara Llorca incarne Irina avec une force retenue, sensible et nuancée. Antonin Meyer Esquerré donne vie à Constantin, exprimant avec intensité ses conflits intérieurs, ses révoltes et ses désillusions. Adrien Guiraud incarne un Boris troublé et tourmenté, dont le désarroi traverse la scène. Emma Prin illumine Nina d’une naïveté touchante, à la fois fragile et poignante. Tous quatre émeuvent par la justesse et la sincérité de leur jeu.

La musique, jouée en direct par Benoît Lugué, qui interprète Sorine, mêle subtilement des œuvres de Wolfgang Amadeus Mozart et Johann Sebastian Bach revisitées à des compositions originales. Muet au piano, Sorine accompagne chaque scène et en suggère le drame à venir.

Comme une mouette touche par sa justesse et sa simplicité. Sara Llorca, avec sensibilité, fait résonner les désirs, les passions et les désillusions de ses personnages. Un théâtre sensible, vivant et profondément humain.

Claudine Arazat critiquetheatreclau.com

Comme-une-mouette-©natalia-yaskula-esquerré-

Aides à la dramaturgie :  Mikaël Gravier, Thierry Morand

Régie générale, Création de l’espace :  Guillaume Honvault

Son :  Quentin Fleury (Soundtrip)

Administration et Production :  Louise Deloly  

CDN de Normandie - Rouen  Théâtre des Deux Rives 48 rue Louis Ricard, 76000 Rouen Mardi 3, jeudi 5 mars à 20h Mercredi 4 mars à 19h

Tournée : • 29 août à Sigy (76), à l’occasion de la Première édition de La Fabrique Festival • 20 novembre Théâtre Robert Auzelle, Neufchâtel-en-Bray (76) (en attente de confirmation) • 2 et 3 mars 2027 Maison de la Culture de Bourges (18).

Tag(s) : #Province, #Critiques, #C.Arrazat
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