Overblog Tous les blogs Top blogs Musique & Divertissements Tous les blogs Musique & Divertissements
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU

Photo: _MichelEid_

Photo: _MichelEid_

Eloquent. Intemporel. Saisissant

Le Circuit ordinaire de Jean-Claude Carrière révèle une société minée par la peur, la suspicion et le renoncement. Il met au jour les mécanismes d'un système où chacun peut devenir témoin, juge ou accusateur. Derrière la banalité des situations se cache une violence faite de soupçon et de silence. Plus de vingt ans après son écriture, la pièce conserve toute sa force et trouve un écho troublant aujourd'hui.

Dès les premières minutes, une tension sourde et inquiétante s'installe. Dans un bar, deux hommes se font face sous le regard d'une serveuse énigmatique. Un commissaire de police convoque un rapporteur. Convaincu de servir fidèlement le système, le commissaire découvre qu'il peut, à son tour, en devenir la victime. L'interrogatoire vire rapidement à la confrontation, puis à l'affrontement. Le doute s'immisce peu à peu et gagne chaque échange.

Photo: _MichelEid_

La mise en scène d'Alexandre Tchobanoff privilégie la sobriété. En situant l'action dans le décor familier d'un bar, elle donne à la pièce une portée plus universelle. Ce lieu ordinaire fait naître un sentiment d'insécurité où chacun peut observer, écouter ou dénoncer. La montée de la tension est orchestrée avec brio. Les silences, les regards et les déplacements rythment l'échange autant que les mots. La présence discrète de la serveuse, témoin muet de cette confrontation, entretient une tension constante et installe un climat d'incertitude.

Stéphane Bierry donne au commissaire une autorité qui se fissure peu à peu, laissant apparaître les failles du personnage. Yann Collette compose un rapporteur énigmatique, dont l'ambiguïté entretient le suspense. Leur confrontation laisse affleurer les rapports de force qui s'inversent au fil de la pièce. Sans prononcer un mot, Prisca Lona occupe pleinement l'espace scénique. Sa présence silencieuse accompagne l'action et nourrit cette tension qui ne quitte jamais le spectateur.

Photo: _MichelEid_

Le Circuit ordinaire dépasse la seule évocation des régimes totalitaires. Jean-Claude Carrière y livre une réflexion d'une grande lucidité sur les mécanismes de la peur, de la délation et du renoncement. Plus de vingt ans après son écriture, ce texte n'a rien perdu de son acuité et rappelle que la démocratie reste un équilibre fragile, qui exige de chacun une vigilance de tous les instants.

Une pièce à découvrir pour la qualité de son écriture, la justesse de son interprétation et la portée toujours actuelle de son propos.

Claudine Arrazat  critiquetheatreclau@gmail.com   Spectacles Vivants

Photo: _MichelEid_

 

Vu le 21 juin 2026 

Festival Avignon 2026    GIRASOLE (THÉÂTRE DU)  Salle : GIRASOLE  du 3 au 25 juillet  relâche les 8, 15, 22 juillet   13h35  1h15

Tag(s) : #Critiques, #C.Arrazat, #Avignon 2026
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :