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FREUD-c-Pascal-Gely-

FREUD-c-Pascal-Gely-

Troublant. Eclairant. Saisissant.

Dans la petite salle du Théâtre de la Reine Blanche, nous nous installons de part et d’autre du cabinet de Freud. Un canapé en cuir sombre occupe le centre de l’espace, massif et légèrement usé, comme chargé d’histoires. À côté, une table basse porte une théière et quelques objets discrets, signes d’un quotidien sobre et ritualisé. À gauche, un bureau s’enfonce dans la pénombre, éclairé par une lampe qui met en valeur un cadre et attire le regard. Freud s’y installe, dans un moment de réflexion et d’attente.

Dès les premiers instants, une vidéo projette des images de la destruction de Vienne en 1945. Puis les images se rembobinent et nous revenons dans ce cabinet, en 1936, à la veille du basculement. Les inquiétudes de Freud face à la montée du nazisme apparaissent avec une lucidité troublante, comme une pensée déjà traversée par l’Histoire à venir.

Nous sommes en 1936. L’Autriche subit de fortes pressions de l’Allemagne nazie, Freud vieillit et souffre d’un cancer. Installé dans un climat d’angoisse, il cherche à comprendre sa vie et à apaiser ses tourments intérieurs.

Il se met alors à questionner un moment clé de sa carrière : pourquoi a-t-il abandonné sa première théorie, appelée la neurotica, qui affirmait que les troubles psychiques venaient de violences sexuelles réellement subies dans l’enfance ? Pourquoi l’a-t-il remplacée par la théorie de l’Œdipe, qui met plutôt l’accent sur les fantasmes des enfants ?

FREUD-c-Pascal-Gely-

Sa relation avec sa fille Anna Freud joue un rôle central. Elle l’interroge, le pousse à réfléchir et fait émerger des doutes profonds chez lui. À travers leurs discussions et l’écriture d’un journal intime fictif, Freud replonge dans son passé.

Peu à peu, il comprend que ce changement n’était peut-être pas seulement scientifique, mais aussi personnel. La figure de son père, Jakob, mystérieux et ambigu, aurait influencé ses choix. En renonçant à sa première théorie, Freud aurait peut-être évité d’affronter certaines vérités dérangeantes, notamment sur les pères et les violences.

Le dialogue devient enquête, une enquête intérieure, presque policière : où est la faute ? Qui a détourné le regard ? Et pourquoi ?

La mise en scène est orchestrée avec rigueur et précision. Le rythme est sobre et maîtrisé, parfois presque suspendu. Les silences prennent de la place et disent autant que les mots.

La scénographie recrée l’atmosphère du bureau de Freud : chaque objet est choisi avec soin et semble porteur de sens, comme s’il participait directement au travail de la pensée. L’espace est habité.

Hervé Dubourjal incarne Freud avec brio. C’est un homme qui oscille sans cesse entre autorité et fragilité, entre maîtrise et fissure.

Face à lui, Anna, interprétée par Moana Ferré, s’impose avec justesse et précision. Elle interroge, elle déplace, elle tient bon. À la fois fille, analyste et miroir, elle occupe une place essentielle.

Tous deux portent la pièce avec une belle intensité : un face-à-face tendu, vivant, où chaque parole compte et peut tout faire basculer.

FREUD-c-Pascal-Gely-

Dans Freud, journal des années noires (1934-1939), Jean-Marie de Sinety invente un faux journal intime de Freud, écrit comme un roman. L’auteur assume un mélange de réalité et de fiction pour proposer une autre lecture du psychanalyste. Inspiré par Magritte et son idée que l’image n’est pas le réel, il construit un Freud recréé, nourri de sources mais traversé par l’imaginaire. Ce « faux journal » permet d’explorer ses doutes, ses choix théoriques et son époque marquée par la montée du nazisme.

Pour Aude de Tocqueville, ce texte séduit parce qu’il ouvre des questions plutôt qu’il n’impose des réponses : sur Freud, son père, ses décisions, mais aussi sur nous-mêmes et notre rapport au passé.

Ce spectacle propose une plongée intelligente et sensible dans l’intimité de Freud, entre vérité historique et fiction.

Claudine Arrazat critiquetheatreclau.com Spectacles Vivants

Théâtre la Reine Blanche 2 bis passage Ruelle 75018 Paris

 

Du vendredi 10 avril au dimanche 3 mai
Les jeudis et vendredis à 21h   Les samedis à 20h     Les dimanches à 18h
Représentation supplémentaire : vendredi 17 avril à 14h30  Relâche le jeudi 16 avril

Tag(s) : #Th de la Reine Blanche, #Critiques, #C.Arrazat
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