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CHANSONS IMPOSSIBLES au théâtre Essaïon

Une chose est sûre, ces chansons dites impossibles deviennent ici furieusement irrésistibles.

Le titre intrigue et la promesse tient dans ce paradoxe. Qu’est-ce qu’une chanson impossible ? Trop absurde, trop datée, trop naïve, trop bancale ? Vincent Gaillard et Flannan Obé s’emparent du sujet sans jamais se prendre au sérieux. Leur réponse passe par un jeu d’oppositions savamment orchestré. Deux tempéraments, deux imaginaires, deux histoires de la chanson française qui se frottent, se contredisent, se rapprochent. Je me laisse rapidement embarquer par cette joute où leurs goûts opposés deviennent un véritable jeu de scène et font théâtre.

Le choix du répertoire ouvre des pistes réjouissantes. De l’avant-guerre à des échappées plus contemporaines, la traversée dessine une cartographie inattendue de la chanson. Bourvil côtoie Boby Lapointe, Patricia Carli répond à Philippe Katerine, et ce voisinage fait surgir des questions très concrètes. Qu’est-ce qui fait qu’une chanson tient encore debout aujourd’hui. Le texte, la ligne mélodique, l’époque qui l’a portée, ou cette émotion un peu mystérieuse qui persiste ?

 

 

Le spectacle s’amuse à déplacer ces repères. Chez Bourvil ou Marie-Paule Belle, une naïveté apparente laisse apparaître une mélancolie plus trouble. Chez Katerine ou Gotainer, le loufoque gagne en précision et en finesse. Même une fantaisie signée Francis Blanche ou Arletty trouve une tenue presque classique dès qu’elle est défendue avec justesse. Je découvre ainsi des chansons que je croyais mineures et qui prennent soudain une épaisseur inattendue, comme si le regard posé sur elles changeait tout.

La mise en scène s’appuie sur un duo très construit, presque chorégraphié dans ses désaccords. L’un s’avance en auguste, l’autre en clown blanc, et le rapport ne cesse de se déplacer. La précision du travail musical impressionne. Les arrangements, les ruptures de ton, les variations de jeu composent une mécanique fine qui ne sacrifie jamais la légèreté. Cette rigueur donne d’autant plus de liberté au plaisir.

 

 

Vincent Gaillard apporte une fantaisie joueuse, une manière d’embrasser l’absurde avec gourmandise. Flannan Obé lui répond par une élégance plus tranchée, un sens du phrasé qui structure l’ensemble. Leur duo trouve un équilibre délicat entre pastiche et sincérité. Le public rit, souvent, et écoute, vraiment. Je goûte particulièrement ces moments où l’absurde côtoie la romance, où la dérision laisse place à une émotion discrète, presque en contrebande.

Le spectacle se déploie, précis et relâché, cultivant une forme de jubilation intelligente. Une heure quinze qui passe avec une aisance remarquable, sans temps mort ni effet appuyé. Je garde l’impression d’un travail très écrit qui donne l’illusion de l’improvisation.

Je pensais connaître ce répertoire, ce tour de chant inattendu m’a prouvé que je n’en avais fait qu’un tour distrait. Un pari audacieux, un spectacle savoureux et drôle.

 

 

Spectacle du 22 avril 2026
Frédéric Perez, spectatif.com

 

De et avec Vincent Gaillard et Flannan Obé. Photos © Bernard Garichot.

 

https://essaion-theatre.com/spectacle/chansons-impossibles/

Tag(s) : #spectatif, #Fréderic Perez
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