Poétique. Eloquent. Musical.
Le Syndrome d’Ulysse, décrit au début des années 2000 par le psychiatre espagnol Joseba Achotegui, désigne le stress profond que peuvent vivre des personnes migrantes confrontées à l’isolement, à la peur et à la précarité.
Dans L’Odyssée de Homère, Ulysse finit par rentrer chez lui malgré les épreuves. Pour beaucoup de migrants aujourd’hui, le voyage est marqué par la précarité et l’incertitude. Le parallèle avec Ulysse est surtout symbolique : celui d’un long voyage semé d’épreuves.
Le Syndrome d’Ulysse, coécrit par Ali Babar Kenjah et Serge Barbuscia, prend la forme d’un théâtre-cabaret musical vivant et réjouissant, où le mythe rencontre le présent. Le spectacle raconte les parcours jalonnés d’obstacles d’hommes et de femmes venus d’ailleurs, portant avec eux souvenirs, peines et espoirs.
Une grande voile se déploie en fond de scène, quelques caisses de bois jonchent le plateau. Nous voilà sur le pont d’un bateau, tandis qu’une voix émerge des profondeurs, vibrante de tristesse et de souvenirs, puis le son du piano jaillit…
Les tableaux se déploient en une suite vibrante de chants, de musiques et de récits, où le long périple d’Ulysse fait écho aux migrations contemporaines, celles d’hommes et de femmes trop souvent regardés avec suspicion plutôt qu’avec hospitalité.
Le récit s’ouvre sur le drame des enfants réunionnais : entre 1962 et 1984, plus de 2 000 d’entre eux furent arrachés à leurs familles et envoyés en France métropolitaine, souvent dans la Creuse, sous le prétexte d’un “meilleur avenir”. Ils quittaient leur île, leur maison, leurs parents, pour un monde inconnu, devenant de jeunes migrants vulnérables, souvent maltraités et livrés à l’incertitude et à l’isolement.
À travers une succession de souvenirs, de récits, de chants et de musiques, se dessine l’histoire des migrants, arrachés à leurs racines et confrontés à un monde souvent hostile.
La mise en scène de Serge Barbuscia est orchestrée avec finesse : les tableaux s’enchaînent avec aisance et dynamisme, mêlant les récits contemporains aux figures mythologiques qui jalonnent le long voyage d’Ulysse.
La scénographie est astucieuse : chaque élément – caisses, bâtons, voile – peut se transformer pour suggérer mer, bateaux, rivages ou îles, composant un univers à la fois simple, modulable et poétique.
La création lumière de Sébastien Lebert, tantôt douce et enveloppante, tantôt plus contrastée, sculpte l’espace et donne aux scènes une dimension presque onirique.
Les chants et les moments musicaux tiennent une grande place dans le spectacle et donnent à l’ensemble une ambiance chaleureuse et généreuse.
Serge Barbuscia nous séduit par son charisme. Il s’est entouré d’une brillante équipe de saltimbanques : les chanteuses Théodora Carla, à la voix grave et profonde, et Aïni Iften, à la voix modulée et délicate ; Jérémy Bourges, au piano, à l’accordéon ou au trombone, qui impressionne par son talent, sa vitalité et son enthousiasme communicatif ; ainsi que Bass Dhem, qui glisse d’un personnage à l’autre avec fluidité et aisance, en véritable conteur.
Ensemble, ils nous enchantent et nous touchent profondément. Le Syndrome d’Ulysse mêle émotion et joie, offrant un hommage plein d’humanité aux parcours des migrants.
Claudine Arrazat critiquetheatreclau.com
Production Théâtre du Balcon
Co-production Théâtre National du Luxembourg
Direction musicale : Jérémy Bourges / Arrangement vocal : Théodora Carla / Costumes : Annick Serret
Théâtre du Balcon jeudi 12 mars au dimanche 22 mars –
Festival Avignon 2026
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