L’affaire commence de manière presque banale. Alain Kraft se rend à sa banque pour effectuer un retrait. Un geste ordinaire qui se transforme en piège. La direction indienne de l’établissement bloque son compte et lui annonce une raison stupéfiante. Il se serait enrichi au point d’avoir changé de caste. L’administration se met alors en branle avec un sérieux imperturbable et la situation bascule dans un magma bureaucratique abracadabrantesque où la raison se plie à des règles toujours plus obscures.
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Le texte de Sébastien Thiéry, écrit en 2008, avance avec une obstination comique redoutable. Le point de départ paraît simple et pourtant il ouvre un terrain de jeu sans fin. Le délire se déploie à puissance maximale. Les personnages défendent des raisonnements parfaitement cohérents dans leur propre système, ce qui rend l’ensemble d’autant plus savoureux. Certains traits et certaines situations appuient la démonstration mais le rythme et l’efficacité des dialogues emportent largement l’adhésion.
La mise en scène de Julien Boisselier choisit la clarté et le mouvement. Le décor de banque, très identifiable, devient un terrain d’expérimentation. Les entrées, les interruptions, les échanges rapides maintiennent une tension comique constante. Le public suit cette escalade de décisions improbables avec un plaisir visible. L’ensemble repose beaucoup sur le jeu et sur l’équilibre entre les interprètes.
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Arnaud Ducret donne à Alain Kraft une énergie nerveuse qui nourrit la narration. L’homme veut simplement récupérer son argent et se retrouve pris dans un système qui lui échappe complètement. Cette lutte obstinée fait mouche et déclenche de nombreux éclats de rire. Face à lui, Maxime d’Aboville déploie un art très précis du sérieux imperturbable. L’assurance tranquille du personnage face aux décisions les plus déroutantes crée un contraste délicieux.
Emmanuelle Bougerol apporte une vivacité qui pimente les échanges et relance la dynamique des scènes. Frédérique Cantrel et Oudesh Hoop complètent l’ensemble avec une présence qui entretient l’esprit collectif de cette farce sociale. La distribution fonctionne comme un ensemble bien accordé et c’est là que la pièce trouve une grande part de sa force.
Le spectacle s'installe dans un rythme rapide où les situations s’emballent avec un sens aigu du comique. Sébastien Thiéry pousse son point de départ jusqu’au bout avec un aplomb manifeste et une superbe insolence. Les comédiens accompagnent ce vertige de conventions sociales poussées à l’extrême avec une très belle énergie. Un divertissement pleinement réussi.
Spectacle du 14 mars 2026
Frédéric Perez, spectatif.com
De Sébastien Thiéry. Mise en scène Julien Boisselier. Assistante à la mise en scène Elena Terenteva. Décors Jean Haas. Lumière Jean Pascal Pracht. Costumes Jean Daniel Vuillermoz. Vidéo Sébastien Mizermont. Musique Pierre Tirmont.
Avec Arnaud Ducret, Maxime d’Aboville, Emmanuelle Bougerol, Frédérique Cantrel et Oudesh Hoop.
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