La nostalgie a rarement été aussi joueuse et malicieuse. Avec La Soirée Diapo & Le Roman-Photo, le passé ne pèse rien, il s’amuse et embobine tout le monde.
Le point de départ tient en peu de mots. Un carrousel à diapositives, quelques images de vacances, et trois interprètes qui s’en emparent avec une liberté immédiate. Catherine Büchi, Léa Pohlhammer et Pierre Mifsud installent très vite une mécanique précise, d’une simplicité apparente et d’une redoutable efficacité. L’objet est modeste, presque désuet, et devient le moteur d’un récit imprévisible.
/image%2F1888510%2F20260327%2Fob_f4f8be_photos-anouk-schneider.jpg)
Le spectacle s’appuie sur une idée limpide qui se déploie avec inventivité et un emballement progressif, un rien attendu, qui nous rend complices. Les images projetées nourrissent une sorte de roman photo d’une saga familiale qui s’élabore sous les yeux du public. À partir de fragments sans enjeu apparent, l’écriture construit peu à peu une fiction, en assumant pleinement les ressorts du mélodrame. Les situations bifurquent, les coïncidences s’accumulent, les rebondissements se multiplient avec une espièglerie assumée. Ce qui amuse tient autant à l’histoire qu’à la manière dont elle se fabrique avec ses ficelles exhibées.
L’écriture, issue d’un travail collectif, joue avec des codes immédiatement reconnaissables et s’en sert comme d’un matériau. Le cliché, dans tous les sens du terme, devient moteur, la répétition un ressort comique et le décalage une ligne de fuite. Le langage singulier emprunté à ce genre permet au spectacle d’avancer sur deux plans à la fois, adhésion à l’histoire et regard amusé sur ses propres procédés.
/image%2F1888510%2F20260327%2Fob_7fcf96_dsc3546-anoukschneider.jpg)
Au-delà du plaisir immédiat de ces plongées à répétition en absurdie, le spectacle ouvre une réflexion discrète sur notre rapport aux images et aux souvenirs. Ces diapositives ordinaires, presque anodines, changent de nature à mesure que des épisodes viennent s’y accrocher. Le regard les transforme et donne du relief au récit. L’ensemble révèle à quel point raconter suffit à déplacer le réel. Cette circulation entre image et fiction donne au spectacle un mouvement légèrement de travers.
La mise en scène repose sur le rythme, la précision des enchaînements et la qualité d’écoute entre les trois artistes. Le rire arrive souvent là où il n’était pas attendu, porté par des pas de côté.
Côté interprétation, Catherine Büchi déroule son rôle avec une finesse réjouissante, capable de glisser d’un registre à l’autre sans effort. Léa Pohlhammer apporte une énergie subtilement déplacée qui nourrit le comique de situation. Pierre Mifsud, avec son sens du tempo et son sérieux imperturbable, crée des dérapages savoureux. Ensemble, ils donnent corps à cette fabrique du récit avec une fluidité remarquable.
Du théâtre de l’absurde qui montre avec esprit qu’il suffit de presque rien pour raconter beaucoup, transformant trois diapositives et un vieux fantasme de roman photo en une heure inventive et réjouissante.
Spectacle du 26 mars 2026
Frédéric Perez, spectatif.com
/image%2F1888510%2F20260327%2Fob_8b9fcf_dsc3094-anoukschneider.jpg)
De Catherine Büchi Léa Pohlhammer et Pierre Mifsud, collectif BPM. Création sonore Andrès Garcìa. Création lumière Cédric Caradec. Costumes Aline Courvoisier. Regard extérieur François Gremaud et Adrien Barazzone. Traitement d’images Anouk Schneider. Projections graphiques et illustrations Tassilo Jüdt. Vidéo Yann Longchamp. Régie générale Julien Frenois. Photos © Anouk Schneider.
Avec Catherine Büchi, Pierre Mifsud, Léa Pohlhammer.
/image%2F2626846%2F20250429%2Fob_799377_image-2626846-20180613-ob-d1045b-th13.jpg)
/image%2F2626846%2F20260328%2Fob_79e577_image-1888510-20260327-ob-b7c26c-dsc31.jpg)
/image%2F1888510%2F20260327%2Fob_4da0b7_affiche-bpm-40x60-25.jpg)