Troublant, Inquiétant, Ethéré.
Après nous, les ruines, lauréat du Grand Prix de Littérature dramatique Artcena 2023, est une œuvre théâtrale où le temps paraît suspendu, plongeant peu à peu le spectateur dans une atmosphère singulière.
Quatre amis se retrouvent pour un pique-nique printanier qui commence paisiblement. Rapidement, des tensions apparaissent : Eva s’inquiète de l’absence des oiseaux, Glenn adopte une attitude cynique, et Marissa, enceinte, exprime une faim compulsive, symbole de ses angoisses. Manuel, lui, reste introspectif et conscient de la fragilité des liens entre eux. Lorsque Glenn évoque sa relation virtuelle avec Gloria, Manuel la trouve absurde, dénonçant l’idéalisation et le détachement du réel.
Tout à coup, des coups de feu résonnent au loin, et la terre tremble légèrement. Les comportements changent : Manuel semble ailleurs, perdu dans ses pensées, Marissa éclate parfois d’un rire incontrôlable, et Glenn est pris d’un malaise qui renforce la tension générale. Le pique-nique devient étrange, presque inquiétant. Les déplacements lents et les silences longs créent une atmosphère pesante, où l’angoisse des personnages deviennent palpables, malgré un rythme ralentit mesuré parfois frustrant.
Une catastrophe majeure est évoquée (séisme, accident nucléaire, crise sanitaire et sociale). Mais la vie suit son cours malgré l’horreur.
Au fil des saisons, les quatre amis se retrouvent et peu à peu se détachent les uns des autres. Marissa porte en elle un deuil profond après la perte de son bébé, Glenn cherche un contact après sa rupture avec Gloria, Eva se sent étrangère à ce qu’ils sont devenus et choisit de partir, et Manuel glisse doucement dans l’angoisse qui ronge leur quotidien.
La catastrophe nucléaire qui a bouleversé leur monde reste en arrière-plan, à peine nommée, mais plane comme une menace silencieuse.
La scénographie remarquable de Clara Georges Sartorio mêle habilement poésie et repères visuels. Un écran en fond de scène indique les saisons et les aléas de la nature, offrant un cadre temporel et narratif. Côté jardin un arbre tordu et moussu et quelques rochers, forme un carré de verdure. L’atmosphère, à la fois bucolique et légèrement étrange, transforme le plateau en un coin de nature isolé, suspendu dans le temps.
Au fil des saisons, le décor évolue : au printemps, le sol vert symbolise la vie et l’espoir, tandis qu’en hiver, il s’assombrit, reflétant la froideur des paysages après le cataclysme et l’isolement des personnages.
La mise en scène de Lena Paugam met en valeur le texte de Pierre Koestel avec sensibilité et précision. Les gestes hésitants et les regards fuyants traduisent la difficulté des personnages à se comprendre et à rester proches. Les silences révèlent la fragilité des relations humaines. Sur l’écran en fond de scène, les mots apparaissent fragmentés et certaines lettres disparaissent, soulignant la précarité du monde.
Les comédiens : Esther Armengol Touzi, Ramo Jalilyan, Charlotte Leroy, Paolo Malassis incarnent avec justesse ces personnages en proie à la peur, au doute et à la mélancolie.
Un plus pour Esther Armengol Touzi qui nous offre un moment magique sur scène : son chant lyrique, mêlant musicalité et émotion et imitant les oiseaux, nous transperce le cœur.
Les quatre saisons passent, et avec elles le quotidien des amis se fissure : le pique-nique, la nappe sur le gazon, la saveur d’un gâteau deviennent précaires. La catastrophe, discrète mais omniprésente bouleverse les relations, dérègle les intimités. Le langage se fragmente, lettre après lettre, comme le monde qui les entoure.
Après nous, les ruines est un spectacle où l’on se sent parfois un peu perdu. Sa lenteur et ses silences demandent une attention soutenue pour entrer dans l’atmosphère fragile et inquiétante de la pièce.
Claudine Arrazat critiuqetheatreclau.com Spectacles vivants
Accompagnement chorégraphique : Olga Dukhovna / Création sonore : Lucas Lelièvre / Création vidéo : Katell Paugam / Création lumières : Jennifer Montesantos / Accessoires, stumes : Jessica Buresi / Régie générale : Damien Farelly / Construction du décor : Yann Chollet / Assistanat à la mise en scène (Stagiaire) : Ismaël Hamoudi-Cordier / Administration, production, diffusion : Valérie Teboull.
Théâtre Ouvert 159 Avenue Gambetta, 75020 Paris
Du 30 mars au 11 avril LUN, MAR, MER À 19H30 JEU, VEN À 20H30 SAM À 18H
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