Photo de répétition © Christophe Raynaud de Lage

Photo de répétition © Christophe Raynaud de Lage

Troublant. Intime. Vibrant.

Et dire que j’ai ton sang dans mes veines remue la terre à mains nues. C’est un spectacle qui ne cherche ni à séduire ni à rassurer, mais à fouiller, à explorer les méandres enfouis de la mémoire et du vécu familial.

Tout commence par une photographie d’enfance retrouvée par le fils. Sur cette image, il sourit aux côtés de son père sur un tracteur. Ce sourire devient insupportable : comment l’enfant peut-il paraître heureux alors que la violence est partout autour de lui ? Ce n’est pas la violence des coups qui se déploie, mais celle des mots tus, des silences pesants, des gestes qui enferment, qui marquent, qui inscrivent l’incompréhension, le refus de discussion et la froideur des âmes dans le quotidien.

Photo de répétition © Christophe Raynaud de Lage

Et dire que j’ai ton sang dans mes veines n’est pas seulement un récit autobiographique. Clément Piednoel Duval construit sa vérité, manipule les paroles des autres, commente, rejoue, met en scène. Chaque dialogue, chaque silence, chaque geste révèle l’héritage d’une violence sourde et le poids du silence familial. Au cœur de cette tension surgit un souffle fragile : Comme un p’tit coquelicot, la chanson de Mouloudji, portée par la voix chaude et émouvante de Jade Crespy, accompagnée par Thomas Stachorsky. La mélodie traverse le plateau, fragile comme ces fleurs rouges qui continuent de pousser malgré le labour, offrant une respiration poétique, un instant de lumière au milieu des strates de violence et de mémoire.

Photo de répétition © Christophe Raynaud de Lage

La mise en scène est orchestrée avec précision et vitalité. La tension, qui traverse le plateau, se suspend un instant : surgissent des coquelicots, clowns décalés, comme une parenthèse fragile où la poésie jaillit au cœur du chaos.

La scénographie nous plonge au cœur de la campagne, dans une ferme où le sol, couvert de terre, colle aux corps. Côté cour, une grande table familiale accueille les repas quotidiens. Côté jardin, la télévision, incontournable, ouvre une fenêtre sur le monde extérieur.

Photo de répétition © Christophe Raynaud de Lage

Le quatuor familial est saisissant. Silences, gestes et paroles banales révèlent l’héritage des tensions familiales, des souffrances enfouies et du poids du passé. Jade Crespy, Thomas Stachorsky, Vadim Vidovic et Blanche Vollais nous émeuvent par la justesse de leur jeu et la force de leur présence.

Et dire que j’ai ton sang dans mes veines ne cherche pas à plaire. Il cherche à secouer, à toucher, à faire réfléchir. Il questionne la transmission, l’héritage des tensions familiales, mais laisse aussi place à un moment de légèreté ou de respiration au cœur du chaos.

Claudine Arrazat

Photo de répétition © Christophe Raynaud de Lage

Assistanat à la mise en scène : Ambre Germain Cartron

09 au 21 Février 2026 : Représentations au Théâtre Ouvert  159 avenue Gambetta

75020 Paris

Tag(s) : #Th Ouvert, #Critiques, #C.Arrazat
Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :