Percutant, Bouleversant, Tragique.
Un roman arraché à l’enfer de l’Histoire.
En février 1961, à Moscou, le KGB confisque le manuscrit de Vie et Destin. Le motif est sans appel : l’ouvrage porte des accusations trop violentes contre le régime soviétique.
« Votre roman est hostile au peuple et au communisme. Pourquoi ajouter votre livre à la bombe atomique que nos adversaires préparent contre nous ? »
Vassili Grossman est anéanti. Ce témoignage sera-t-il un jour lu, compris, reconnu ? Par miracle, deux exemplaires du manuscrit ont été sauvés : l’un dissimulé à la campagne sous des sacs de terre, l’autre caché chez le poète Vladimir Voinovitch. Après la mort de Grossman en 1964, le physicien Andreï Sakharov, son épouse et Voinovitch permettront au texte de franchir le rideau de fer. Le roman est publié pour la première fois en 1980.
À travers le destin de la famille Chapochnik, au cœur de la bataille de Stalingrad (1942-1943), Vie et Destin peint une fresque immense et terrible de la société soviétique et de son régime totalitaire. Le roman suit Victor Strum, physicien nucléaire, et sa famille, dispersée par la guerre après l’invasion nazie et l’évacuation à Kazan.
Vassili Grossman décrit également de nombreux autres personnages — soldats, responsables politiques, prisonniers, scientifiques — confrontés à la terreur nazie et stalinienne. Le roman montre à la fois la cruauté et l’absurdité des régimes totalitaires, mais aussi la résistance, le courage et la bonté humaine, révélant la force de la conscience et de la dignité face à l’oppression.
Pourquoi des hommes qui avaient cru à la révolution comme émancipation ont-ils pu commettre de telles horreurs ? Comment décrire, comprendre et surtout combattre un régime totalitaire ?
À l’image de Guerre et Paix de Tolstoï, Vie et Destin reflète le monde réel — un siècle plus tard — avec une lucidité et une puissance qui dépassent la littérature pour devenir un acte de vérité.
La mise en scène de Brigitte Jaques-Wajeman, orchestrée avec minutie, est centrée sur quelques personnages : Strum, physicien nucléaire, dont le poste et les recherches seront remis en cause du fait de sa judéité ; Lioudmila, son épouse ; Evguénia, sœur de Lioudmila, artiste libre et passionnée ; Krymov, commissaire politique communiste à Stalingrad ; Novikov, un ancien bolchevik ; Abartchouk, prisonnier du Goulag ; Mostovskoï, vieux révolutionnaire ; Sofia Levinton, médecin de l’armée ; Guetmanov, responsable politique stalinien ; Grekov, soldat héroïque à Stalingrad ; Liss, officier nazi. Nous sommes transportés au cœur de l’histoire et de l’intimité de ses personnages.
Nous découvrons, entre autres, le destin d’Anna Semionovna Strum à travers une lettre déchirante écrite à son fils depuis le ghetto juif de Berditchev, en Ukraine. C’est bouleversant : la salle n’ose respirer, les mots viennent nous crever le cœur, c’est déchirant.
La scénographie de Chantal de la Coste est simple mais polyvalente : une grande table de travail couverte de livres et de dossiers, des chaises et des fauteuils, et même des matelas dans un coin. Ces éléments permettent à la fois de représenter des débats passionnés autour de la table et, au besoin, de figurer la misère d’un camp allemand ou du Goulag. L’espace reste flexible, mêlant lieu de réflexion et de souffrance.
Les comédiens — Pascal Bekkar, Pauline Bolcatto, Ra,phaële Bouchard, Sophie Daul, Timothée Lepeltier, Pierre-Stefan Montagnier, Aurore Paris, Bertrand Pazos, Thibault Perrenoud — passent d’un personnage à l’autre avec brio, donnant vie à chaque destin. Par leur jeu, ils font vibrer nos émotions, nous font sentir la peur, la douleur, mais aussi le courage et la bonté. Ils nous touchent profondément, nous captivent et nous bouleversent.
Vassili Grossman montre comment les individus sont pris dans l’engrenage de la guerre et des régimes totalitaires. Chacun représente une manière de réagir face à la violence, à la peur et à l’injustice : certains obéissent aveuglément, d’autres doutent, et d’autres encore résistent par leur courage et leur humanité.
Nous sommes au cœur du désastre, où le totalitarisme, par la violence et la contrainte, paralyse des pays. Cela nous interroge, alors que les bombes russes tombent sur l’Ukraine et que les dictateurs envahissent peu à peu le monde.
Claudine Arrazat critiquetheatreclau.com
Mise en scène et adaptation Brigitte Jaques-Wajeman
Colaboration artistique François Regnault
Lumière Nicolas Faucheux assisté de Chloé Roger
Administration et production Dorothée Cabrol
Scénographie et Costumes Chantal de la Coste
Création du 8 au 27 Janvier 2026
Aux Abbesses - Théâtre de la Vile, Paris
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