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Déroutant, Drolatique, Eloquent

Albert Boronat s’impose comme l’un des auteurs les plus originaux de sa génération. Il développe une œuvre portée par un récif vif, qui nourrit un imaginaire dense et singulier. Auteur, metteur en scène et pédagogue, il enseigne à l’Institut del Teatre de Barcelone. Il s'impose aujourd’hui comme l’une des voix essentielles du théâtre contemporain ibérique.

Snorkel est un ensemble d’histoires où les voix se croisent et s’entrelacent. Étonnant, surprenant mais harmonieux, il rassemble confessions, petites fables modernes, visions de la nature, réflexions philosophiques et moments absurdes. L’écriture oscille entre humour et profondeur, montrant la fragilité du monde tout en laissant l’homme se débattre avec légèreté dans ses contradictions.  Les histoires s’entrelacent comme des fragments de mémoire qui se répondent.

Au cours de notre randonnée theatrale, nous rencontrons : un homme, qui ne peut plus accepter l'idée qu'il mène une vie complètement conne, vient seul en quête de spiritualité. Une femme fait une randonnée avec sa soeur multi toxicomane  et son beau-frère, snorkeliste militant. Anita qui partage la dernière nuit sur Terre d'un autre danois qui s'apprête à coloniser Mars... Nous ne sommes point au bout de nos surprises.

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La mise en scène de Julien Toinard est magnifiquement orchestrée et offre avec humour la folie du projet. Le prologue, avec cet homme « l'extraordinaire Anthony Devaux » surgissant d’une cuvette de toilettes, donne le ton : un théâtre drôle et profond à la fois. La cuvette devient lac, montagne, refuge ; une chorégraphie burlesque, minutieusement pensée, qui met en lumière la gestuelle du comédien. La poésie prend doucement plus d’espace dans la deuxième partie. Les comédiens disparaissent et renaissent dans un jeu de contrastes qui crée une atmosphère étrange, presque magique.

La scénographie de Loana Meunier est inventive et poétique. Elle évolue d’un univers ludique, dans la cabine de toilettes, vers un paysage fait de terre poussiéreuse, de branches mortes et d’objets récupérés: barils, bouteilles, bois, animés par le vent. Dans cet espace, les acteurs interagissent avec leur décor : les déchets deviennent personnages, et les ombres se transforment en silhouettes humaines.

Les jeux de lumière de Titiane Barthel créent des zones d’ombre et de mystère, tandis que la création sonore de Maxime Plisson intensifie les émotions.

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Les comédiens: Anthony Devaux, Loana Meunier et Julien Toinard, nous ravissent par leur talent. Leur gestuelle est remarquable : chaque mouvement, contorsion, rebond ou manipulation est précis, leur maîtrise des marionnettes et des ombres chinoises,  transforme objets et déchets en personnages vivants. Ils nous émeuvent : touchants, parfois drôles, parfois inquiétants, ils nous font réfléchir sur l’humanité et la manière dont elle détruit le monde qui les entoure.

Snorkel est  déroutant et poétique, mêlant humour, profondeur et fantaisie dans un univers à la fois étrange et vivant. Drôle, inquiétant et émouvant, le spectacle surprend, amuse, interpelle et marque durablement le spectateur.

Claudine Arrazat

Traduit de l’espagnol par Marion Cousin, Actualités Editions Le texte a reçu le prix d'Aide à la création 2019 d'ARTCENA

** Snorkel - anglicisme qui désigne une randonnée subaquatique pratiquée en surface

Vu au Nouveau théâtre de l’Atalante  10 place Charles Dullin, 75018 Paris     le 05 déc à 19h durée 1h30

 

 Compagnie Fracas Lunaire 

Tag(s) : #Th de L'Atalante, #Critiques, #C.Arrazat
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