© Patrick Kuhn

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Onirique, Poétique, Frémissant.

Tarjei Vesaas, né en 1897 dans le Telemark, est l’écrivain des silences et de la nature intérieure. Autodidacte, il écrit en nynorsk une œuvre où enfance, peur et désir affleurent. Révélé en 1934 avec Le Grand Jeu, il est profondément marqué par la guerre. Il reçoit plusieurs prix prestigieux : Venise (1953), Dobloug (1957) et le Conseil nordique (1964).

Pluie dans les cheveux est un spectacle rare. Il nous emmène doucement dans un monde poétique, onirique et émouvant. Une nuit de printemps, une forêt, quelques adolescents qui s’y glissent pour échapper au bal : presque rien, et pourtant un monde nouveau y naît : le premier souffle d’un sentiment amoureux, une initiation, un moment fragile. Un théâtre délicat et frémissant, qui touche et reste en mémoire.

© Patrick Kuhn

La création des lumières de Nicolas Gros et Noémie Visceralumière, transforme la forêt stylisée et minimale en un lieu vivant et mystérieux. Chaque rayon révèle un visage, sculpte un geste, dessine des chemins et des clairières. Les lumières isolent les personnages, les mettent en valeur sur le fond sombre et renforcent le mystère, donnant à la forêt une dimension presque surnaturelle et intensifiant la scénographie onirique de Sandrine Lamblin. Quelques troncs, un sol sombre parsemé de feuilles prennent vie grâce aux halos bleus, aux filaments orangés et à la brume qui capte les faisceaux lumineux. La forêt devient un territoire émotionnel, un paysage intérieur où le dehors et le dedans se confondent. 

La mise en scène d' Alain Batis, est orchestrée avec délicatesse et finesse. Les personnages se croisent, se frôlent, s’évitent dans un ballet fragile. Ils s’écoutent, leurs regards hésitent, un souffle passe, un pas s’enfonce dans la terre humide. L’émotion domine la parole, les sentiments affleurent avec douceur. Et peu à peu, un sentiment nouveau naît.

La création sonore de Guillaume Jullien donne vie à la forêt : voix, chuchotements, piaillements, froissements de feuilles, pas dans la terre, courses, sonnette de vélo, musique live : tout devient langage.

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Création des costumes de Jean-Bernard Scotto  est évocatrice: les robes sont simples et fluides, dans des tons clairs ou neutres qui contrastent avec la lumière sombre ou colorée. Les robes légères donnent un effet aérien à Valborg et Björn, la couronne de Siss renforce son rôle symbolique, tandis que les vêtements plus sombres de Kari sont plus réalistes.

Les comédiens :  Victoria Fagot, Mélina Fagot, Yann Malpertu, Romane Wicker nous entraînent dans cette forêt intérieure, leurs gestes guidés par les émotions qui les traversent. 

Pluie dans les cheveux est un spectacle délicat et frémissant, où lumière, sons, costumes et gestes se répondent pour créer un monde poétique et onirique. Une forêt intérieure s’ouvre au spectateur, un espace où le réel et le rêve se confondent, et où naît, fragile et timide, le premier souffle d’un sentiment amoureux, comme une pluie dans les cheveux, douce et légère.

Claudine Arrazat, critique théâtre Clau

© Patrick Kuhn

Traduction du Nynorsk : Marina Heide, Guri Vesaas, Olivier Gallon / Dramaturgie : Jean-Louis Besson / Assistant.e.s à la mise en scène : Alexandra Terlizzi et Esteban Bidet.

Production :Compagnie La Mandarine BlancTheatre de L'Epée de bois Cartoucherie de Vincennes

Du 04 au 21 décembre 2025
Du jeudi au samedi à 19h
Samedi et dimanche à 14h30

Tag(s) : #Th de l'Epée de bois, #Critiques, #C.Arrazat
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