LE PETIT FAUST à l’Athénée Théâtre Louis Jouvet

Le compositeur Hervé, avec Le Petit Faust, souhaitait mêler pastiche et humour léger, offrant une vision malicieuse des conventions lyriques tout en explorant les ressorts comiques de l’opéra-bouffe. Ce Petit Faust présenté à l’Athénée évolue entre hommage érudit et démonstration formelle.

L’ouvrage, pastiche enjoué de Gounod, conserve sa mécanique musicale vive et sa capacité à détourner les codes lyriques avec ironie, en transformant par exemple l’air d’amour traditionnel en monologue burlesque ou en multipliant les chœurs qui commentent ironiquement l’action des personnages. Le spectacle met cependant l’accent sur une mise en scène omniprésente et volontiers insistante, qui capte une large part de l’attention des spectateurs, au détriment parfois de l’équilibre général.

La partition révèle son efficacité mélodique et son sens du rythme. Les ensembles se déploient avec clarté, les airs courts trouvent leur place, et l’orchestre soutient l’action avec constance. Le travail musical, sérieux et appliqué, donne au spectacle une assise solide. Les interprètes vocaux suivent cette dynamique. Les voix se distinguent par une diction attentive et une compréhension nette du style léger de l’opéra bouffe plutôt que par un raffinement extrême.

La conception scénique domine l’espace, construite comme une succession d’idées visuelles marquées. Scénographie, projections, accessoires, déplacements codifiés et effets appuyés s’accumulent dans une logique de surenchère. Le spectacle progresse par à-coups, rythmé par des trouvailles visuelles qui attirent l’œil sans toujours approfondir le sens.

Dans cette relecture contemporaine de Sol Espeche, l’intention ludique se perçoit et son application tend vers la démonstration. Le comique repose souvent sur l’effet immédiat, la citation ou le clin d’œil appuyé. L’humour, bien présent, perd de sa finesse lorsqu’il se répète sous des formes similaires. Nous pouvons ressentir une certaine lassitude non par manque de compréhension, mais par saturation d’éléments visuels qui laissent peu de place à l’imaginaire.

Les costumes comme la scénographie participent à une esthétique foisonnante. Leurs richesses attirent le regard et structurent les personnages tout en soulignant la primauté du visuel. Les lumières et les vidéos accentuent les contrastes et mettent en relief les situations comiques ou dramatiques avec une insistance qui peut alourdir la lecture scénique.

Le Petit Faust conserve son charme musical et son esprit parodique malgré une mise en scène qui s’affirme fortement. Le spectacle est maîtrisé et énergique. La partition, souple et malicieuse, gagnerait à être accompagnée d’une mise en espace laissant plus de liberté à son ironie naturelle.

 

Spectacle du 17 décembre 2025

Frédéric Perez

 

Musique Hervé. Livret Hector Crémieux et Adolphe Jaime. Mise en scène Sol Espeche. Chef de chant Étienne Jacquet. Scénographie Oria Puppo. Chorégraphie Fiona Chauvin. Décors Oria Puppo. Costumes Sabine Schlemmer. Lumières Simon Demeslay. Vidéo Étienne Jacquet.

Avec Célian d’Auvigny, Guillaume Beaudoin, Camille Brault, Igor Bouin, Charles Fraisse, Max Latarjet, Céleste Lejeune, Lucile Komitès, Anaïs Merlin, Charles Mesrine, Mathilde Ortscheidt, Louise Pingeot, Mathieu Septier, Maxime Le Gall.

Et l’orchestre des Frivolités Parisiennes.

 

 

Photo © Christophe Raynaud de Lage
Photo © Christophe Raynaud de Lage
Photo © Christophe Raynaud de Lage

Photo © Christophe Raynaud de Lage

Photo © MariePetry

Photo © MariePetry

Tag(s) : #spectatif
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