Le copyright est Cie le sens des légendes

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Éloquent, Passionnant, Dynamique.
Avant l'orage, retrace le destin d’Ödön von Horváth, dramaturge de langue allemande né en 1901, dont l’œuvre dénonce la montée du nationalisme et la bêtise bourgeoise des années 20-30. Exilé après l’autodafé de ses livres en 1936, il meurt tragiquement à Paris en 1938. Auteur de pièces et de romans engagés, il reste un témoin lucide de son époque.

Portée par la mise en scène vive et intelligente d’Elie Rofé, cette pièce retrace avec brio le destin d’un homme qui n’a cessé d’écrire contre son temps, contre la montée des nationalismes, contre la bêtise humaine. Le rythme est fluide, vif, les scènes s’enchaînent avec naturel et nous transportent sans effort d’un lieu à l’autre, d’une rencontre à une autre.

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L’écriture de Matéo Troianovski est ciselée, pleine d’ironie et de lucidité, fidèle à ce que fut l’œuvre de cet auteur dérangeant, visionnaire, inclassable. On assiste à la progression d’Ödön von Horváth dans une Europe en crise, celle de l’entre-deux-guerres, où l’inflation, le chômage et le nationalisme gangrènent peu à peu les esprits.

La scénographie de Jean-Benoît Thibaud plante le décor des années 20-30 sans excès : une lumière tamisée, une machine à écrire posée sur un bureau, quelques chaises, un éclairage doux qui semble vouloir préserver l’intimité des confidences. On entend un air de jazz discret, le cliquetis d’une Remington, et déjà le voyage commence, entre Paris, Berlin, Vienne ou Amsterdam.

Le spectacle montre aussi combien Ödön von Horváth fut un homme à part : sans patrie, rejeté, exilé, mais animé d’une volonté profonde d’ouvrir les yeux de ses contemporains. Sa rencontre avec Hitler en 1929, son exil forcé, les autodafés de ses livres, sa mort tragique sur les Champs-Élysées en 1938… tous ces épisodes sont évoqués avec clarté et sensibilité.

Les costumes évoquent avec finesse l’élégance et la simplicité des années 20-30. La création lumière et les musiques jazz discrètes accentuent l’émotion et le rythme du récit.

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Matéo Troianovski est remarquable dans le rôle d’Ödön von Horváth. Il incarne ce personnage complexe avec une belle profondeur, entre ironie et tendresse, lucidité et découragement. Son regard est habité, sa parole juste.

Mathilde Freytet campe une Hertha Pauli pleine de vie et de caractère. Elle apporte une énergie lumineuse, une modernité bienvenue à ce personnage de femme libre, indépendante, courageuse, qui soutient Ödön, l’aime, le conseille, tente de l’amener à plus de prudence sans jamais renier sa propre audace.

Juliette Derkx, glisse d’un personnage à l’autre avec aisance, jouant tour à tour la journaliste curieuse, l’opportuniste cynique, la prophétesse troublante, le dirigeant obtus. 

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Un spectacle à la fois intelligent, sensible et nécessaire, qui redonne vie à un écrivain trop peu connu en France. On en ressort ému, enrichi et avec l’envie de relire ses œuvres, tant cette pièce rappelle combien l’histoire peut se répéter si l’on cesse de rester vigilant.

Claudine Arrazat

 
 

Festival Avignon 2025   du 5 au 26 juillet  relâche les 6, 13, 20 juillet à  15h20  D : 1h15  à  ARTÉPHILE

 

Tag(s) : #Avignon 2025, #Critiques
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