Crédit photo  Ramon Ngwete, Peggy Leblanc Fargues

Crédit photo Ramon Ngwete, Peggy Leblanc Fargues

Puissant, Envoutant, Poignant, Poétique.

Odile Pedro Leal, metteure en scène, comédienne et auteure guyanaise, formée au Conservatoire de Bordeaux, a travaillé avec Raymond Paquet, Gabriel Garran, Daniel Mesguich, Moïse Touré, William Mesguich…

Marie-Célie Agnant, écrivaine haïtienne au Québec, écrit sur l’exil, la mémoire et les femmes. Prix Alain-Grandbois en poésie.

Ce spectacle raconte l’histoire de quatre sœurs, figures symboliques des quatre points cardinaux. Elles représentent les femmes, les mères, les civilisations, celles qui guident l’humanité depuis l’aube des temps. Mais aujourd’hui, elles sont perdues, elles n’ont plus de pouvoir. Alors, dans une sorte de grande nuit sacrée, elles s’interrogent, elles questionnent leur mère originelle, la Déesse-Mère silencieuse, pour comprendre pourquoi elles ont été abandonnées.

Crédit photo Ramon Ngwete, Peggy Leblanc Fargues

Ce rituel, inspiré des traditions des peuples marrons de Guyane, devient un voyage dans le temps : elles revisitent leurs souvenirs, les promesses d’amour, les exils, les souffrances des femmes d’hier et d’aujourd’hui. C’est une manière de faire le bilan d’un monde en perte de repères, un monde qui cherche encore sa mère. À travers ce chant collectif, elles interrogent l’avenir, l’amour, la mémoire, et ce qui pourrait rester d’espoir.

Ce n’est pas seulement une histoire sur les femmes d’un pays ou d’une époque, c’est un chant universel pour toutes celles qui ont été abandonnées, déplacées, violentées, exploitées. On pense aux femmes des peuples anciens, aux exilées, aux esclaves, mais aussi à celles d’aujourd’hui qui luttent encore pour être respectées, reconnues, aimées.

Mais malgré cette douleur, le spectacle garde une force d’espoir : ces femmes se relèvent, elles se parlent, elles chantent ensemble, et dans ce chant il y a l’idée qu’un autre avenir est peut-être possible, si l’on réapprend à écouter la voix des femmes.

C’est un hommage vibrant, vivant, puissant et envoûtant à toutes les femmes du monde.

Crédit photo Ramon Ngwete, Peggy Leblanc Fargues

La mise en scène de Odile Pedro Leal, est magnifiquement orchestrée. Les lumières de Carlos Perez  font voyager le spectateur entre l’ombre et la lumière, entre le passé et le présent.

Les costumes de Nefeli Papadimouli et Elisabeth Vierasont sont très symboliques: tissus amples, voiles et couleurs naturelles rappellent les traditions et la mémoire. Ils accompagnent les gestes des comédiennes et renforcent la force poétique qui traverse tout le spectacle, dans les mots, les gestes, les chants. La musique de Odile Pedro Leal et musiques traditionnelles de Guyane intensifie les émotions.

Nefeli Papadimouli & Elisabeth Viera

Les comédiennes: Laurence Baptiste, Micheline Dieye, Sarah Jean-Baptiste,  Odile Pedro Lealne jouent pas seulement avec les mots, mais avec tout leur être. Leur gestuelle, souvent proche du rituel, est d’une grande beauté. Elles incarnent la douleur, la révolte, l’amour, la mémoire, avec une intensité rare. Elles chantent, elles murmurent, elles crient, elles dansent… Elles donnent vie à des paroles ancestrales et universelles, toujours habitées par une force intérieure qui ne faiblit jamais. Mais n'oublions pas Jean-Marc Lucret, la déesse mère, dont le stoïcisme est impressionnant.

Un spectacle qui bouleverse autant qu’il émerveille. Un moment de théâtre vibrant et éloquent.

Claudine Arrazat

Production Grand Théâtre Itinérant de Guyane  / Coproduction  Kokolampoe/ Centre Dramatique de Saint-Laurent du Maroni

Les créations du Grand TIG : La Chanson de Philibert ou les Gens Simple (2017), Cyclone (2018), Bernarda Alba From Yana (2019), Laudes des Femmes des Terres Brûlées (2023).

Festival Avignon 2025   Chapelle Du Verbe Incarné  du 5 au 24 juillet  relâche les 11, 18 juillet          A  18h15     D : 1h15

Tag(s) : #Avignon 2025, #Critiques
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