Dynamique – Éloquent – Vibrant
Des auteurs monter eux-mêmes sur scène pour porter et incarner leurs propres textes est assez rare. L’Art de la chute réunit Gaëlle Axelbrun, Marie de Dinechin, Morgan·e Janoir, Pierre Koestel, Iris Laurent, Emmanuel Linée et Yanis Skouta. Sept personnalités, sept écritures et autant d’histoires qui mêlent vécu et fiction pour aborder sans détour la bipolarité, la sexualité, la transition, le racisme systémique ou les violences subies.
Né d’un chantier d’écriture initié par Pierre Koestel à Théâtre Ouvert en août 2025, le spectacle reprend certains codes du stand-up. Micro en main, les auteurs viennent à la rencontre du public avec humour, sincérité et surtout l’envie de partager.
Pierre Koestel, maître de cérémonie, nous livre d’emblée ses propres confidences.
Il nous conte que petit garçon il se cachait dans le placard de sa mère pour enfiler ses robes et devenir, pour un instant, quelqu’un d’autre. Il sera le fil conducteur entre les différents récits, ponctuant le spectacle d’intermèdes pleins de fantaisie et apparaissant dans de nouveaux costumes.
Yanis Skouta ouvre le bal. Irrésistiblement drôle, il tourne en dérision des situations du quotidien, « parce que je suis drôle », dit-il. Mais derrière l’humour se dessine une réalité moins légère, celle du racisme systémique et des préjugés auxquels il est confronté.
Puis les univers se croisent, les tons changent et les confidences se font parfois plus graves.
Gaëlle Axelbrun porte un texte très féministe autour du « plus vieux métier du monde ». Origine du mot « pute », regard des hommes, argent, dissociation : sa parole est directe et sa gestuelle expressive semble mener la danse. Morgan·e Janoir évoque son parcours de transition et son rapport au corps, de la ponction d’ovocytes au vertige ressenti au bord d’un précipice. Iris Laurent, à travers une lettre adressée au public, nous questionne sur nos privilèges de Blancs et notre place dans la société, tandis qu’Emmanuel Linée aborde les violences subies en raison de son orientation sexuelle.
Marie de Dinechin clôt le spectacle avec une performance extraordinaire. Partant de son expérience de la bipolarité, elle nous entraîne dans un texte nourri de vécu, d’humour et de fantaisie. Tout son corps participe au récit. Par moments, sa parole s’accélère jusqu’au vertige sans jamais perdre la précision des mots. Texte, corps et voix ne font plus qu’un.
Pierre Koestel orchestre avec brio la mise en scène. Les récits, très différents, trouvent leur unité et ses intermèdes donnent du rythme à l’ensemble. Les lumières de Jérôme Baudouin et la musique, de Matthieu Truffinet, intensifient les différents univers.
Tous ces récits se rejoignent autour de la « chute », réelle ou symbolique. On tombe, on vacille, mais l’écriture permet aussi de se relever.
L’Art de la chute est une proposition théâtrale vivante qui séduit par l’originalité de sa forme et la diversité de ses écritures.
Claudine Arrazat critiquetheatreclau.com Spectacles Vivants
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