Troublant. Poétique. Émouvant.
La Trilogie Les Noctambules réunit Un anniversaire, Au bout du pays et Le Patron. À travers ces trois pièces, Alfred Alexandre explore les blessures héritées de l'histoire antillaise, la solitude, la quête de liberté et la difficile reconstruction après les épreuves.
"Tard dans la nuit, alors qu'un cyclone approche, un bar est désert. La patronne attend un homme qui ne reviendra peut-être jamais. Face à elle, le videur, silencieux depuis des semaines, reste malgré tout. Peu à peu, les mots se libèrent. Entre enquête sur la disparition du patron, confidences et affrontements, tous deux remontent le fil de leurs blessures jusqu'à laisser apparaître une fragile possibilité de renaissance."
Le texte d'Alfred Alexandre est d'une grande richesse. À travers la disparition du patron, il interroge avec beaucoup de sensibilité la solitude, les rapports de domination, la liberté et le besoin d'être enfin reconnu par l'autre. Son écriture, profondément poétique, irrigue l'ensemble du spectacle. La pluie, le vent, le cyclone, la nuit ou encore la lumière deviennent les reflets des émotions qui traversent les personnages.
Cette poésie trouve un bel écho dans la mise en scène d'Ewlyne Guillaume. Avec beaucoup de sensibilité et de délicatesse, elle installe un temps suspendu où chacun semble prisonnier de ses propres silences. Les deux protagonistes évoluent dans un monde figé, comme incapables d'échapper au poids de leur passé.
La scénographie de Charlotte Hermant prolonge ce sentiment. Au centre du plateau, un bar presque vide devient le témoin des blessures des deux personnages. Quelques chaises, un fauteuil, une veste suspendue et quelques objets du quotidien suffisent à faire exister ce lieu. Côté jardin, la patronne prépare lentement un bain de pieds, un geste simple qu'elle accomplit avec un plaisir presque résigné, comme si ce rituel constituait le dernier réconfort auquel elle pouvait encore s'accrocher.
La création sonore de Darius Grenier accompagne cette lente montée de la tension. De sourds bruits de ferraille résonnent à l'arrière du bar tandis qu'au-dehors le vent souffle, la pluie tombe et le cyclone approche inexorablement. Les lumières sombres et tamisées de Michaël Creusy prolongent cette sensation d'attente et enveloppent le plateau d'une pénombre inquiétante. Les costumes de Léonor Gellibert, simples et usés, complètent avec justesse le portrait de ces deux êtres cabossés par la vie.
Serge Abatucci et Ewlyne Guillaume forment un duo d'une grande intensité. Entre défiance, colère, tendresse et pudeur, leurs personnages se rapprochent peu à peu sans jamais renoncer totalement à leurs blessures. Les regards, les silences et les hésitations prennent autant d'importance que les paroles et donnent au spectacle une belle profondeur.
Une création profondément humaine où conjuguent avec beaucoup de délicatesse poésie, émotion et réflexion pour laisser entrevoir, au cœur de la nuit, la possibilité d'une renaissance.
Claudine Arrazat critiquetheatreclau.com Spectacles Vivant
Emilie Blettery – Administration / Cyril Coe - Régie générale / Leroy Edwards – Régie / Cécile Morel – Presse
Festival Avignon 2026 Balcon (Théâtre du) du 15 au 25 juillet relâche les 16, 23 juillet 20h35 1h
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