Percutant. Émouvant. Éloquent.
En 1927, aux États-Unis, Nicola Sacco et Bartolomeo Vanzetti, deux ouvriers italiens immigrés et militants anarchistes, sont condamnés à mort sur la chaise électrique au terme d'un procès dont l'issue semblait écrite d'avance. Leur véritable « crime » n'est pas celui dont on les accuse, mais d'être profondément attachés à la justice sociale, à la liberté et à la solidarité entre les travailleurs. Avec Sacco & Vanzetti Alain Guyard retrace cette machination politique et met en lumière les mécanismes qui conduisirent à leur condamnation.
Alain Guyard retrace avec une remarquable précision les mécanismes de cette machination politique. Les faux témoignages, les pressions exercées sur les témoins, les accusations fabriquées et la partialité de la justice. Il ne s'agit pas de rendre justice, mais de faire de ces deux hommes un exemple afin de briser les revendications ouvrières et syndicales. En désignant des immigrés comme coupables idéaux, le pouvoir entretient la peur de l'étranger, attise les divisions entre les travailleurs et empêche leur union face à l'injustice.
Dès les premières images, nous sommes transportés dans leur cellule quelques jours avant leur exécution. Les deux hommes savent que l'issue est inéluctable, mais chacun affronte ce moment à sa manière. Vanzetti, cordonnier, laisse transparaître son angoisse. Plus que la mort, c'est l'idée de quitter ceux qu'il aime qui le bouleverse. Sacco, poissonnier, apparaît plus combatif et plus téméraire. Il refuse de céder au désespoir et soutient son compagnon jusqu'au dernier instant. Entre eux se noue un dialogue bouleversant, fait de souvenirs, de convictions et d'un profond désir de liberté.
Pierre Lericq orchestre une mise en scène particulièrement vivante et fluide. Sans jamais alourdir le propos, il fait alterner avec beaucoup de naturel les moments d'émotion, de tension et d'humour.
La scénographie, d'une grande ingéniosité, repose sur quelques éléments seulement : deux caissons, quelques chaises, un fauteuil de juge… Il n'en faut pas davantage pour faire naître les différents lieux de l'action.
En fond de scène, un écran diffuse les véritables portraits de Nicola Sacco, de Bartolomeo Vanzetti et des principaux protagonistes de cette affaire. Des images évoquant la vie en Italie avant l'émigration, autour de la table familiale, ainsi que le départ vers l Amérique, apportent une dimension à la fois documentaire et profondément humaine au spectacle. Elles rappellent que derrière cette machination politique se cachent avant tout des hommes, des familles et des destins brisés.
Jean-Pierre Bugnon, dans le rôle de Vanzetti, et Sylvain Bugnon, dans celui de Sacco, livrent une interprétation remarquable. Ils incarnent également les nombreux personnages qui gravitent autour d'eux — juges, procureurs, témoins ou proches — et passent d'un rôle à l'autre avec une étonnante aisance. Leur jeu, d'une grande justesse, donne toute sa force à cette histoire d'amitié, de fraternité et de liberté qui constitue le cœur du spectacle.
Près d'un siècle après les faits, ce cri en faveur de la justice, de la liberté et de la fraternité résonne avec une force particulière. À une époque où les discours de haine, les replis identitaires et les atteintes aux libertés ressurgissent dans de nombreuses régions du monde, le destin de Sacco et Vanzetti nous rappelle combien il est essentiel de rester vigilants.
Claudine Arrazat critiquetheatreclau.com Spectacles Vivants
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BARRIQUES (THÉÂTRE DES) du 4 au 25 juillet relâche les 8, 15, 22 juillet 14h10 1h20
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