Bouleversant, Profond, Resonnant.
Quel bonheur de retrouver Mouss Zouheyri dans la salle voûtée, chaleureuse et intimiste du petit Théâtre de Nesle. Ce lieu lui va si bien : proximité, écoute...
Nous l’avions découvert en 2025 dans Un simple comédien, puis retrouvé en 2026 avec El Maestro. À chaque fois, la même présence habitée, la même exigence, cette manière très personnelle d’occuper l’espace sans jamais en faire trop.
Un simple comédien : https://www.critiquetheatreclau.com/2025/03/un-simple-comedien-texte-eric-wiener-mise-en-scene-mouss-zouheyri.html
El Maestro : https://www.critiquetheatreclau.com/2024/02/el-maestro-texte-aziz-chouaki-regard-exterieur-jacques-sechaud-jeu-mouss-zouheyri.html
Le revoir ici semble une évidence, comme une fidélité naturelle entre un artiste et un lieu.
Aujourd’hui, Mouss Zouheyri, dans une mise en scène orchestrée avec délicatesse et grande justesse, nous propose le diptyque de Daniel Keene — Deux tibias et Nuit, un mur, deux hommes. Dans ce diptyque, les êtres invisibles, face à la nuit, sont mis en lumière.
Daniel Keene, né en 1955 à Melbourne, est l’une des grandes voix du théâtre australien contemporain. Son écriture, sobre et profondément humaine, s’attache aux êtres en marge, aux solitudes, à la dignité fragile de ceux que l’on regarde peu.
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Dans Deux tibias, Mouss Zouheyri, seul dans la pénombre, fait surgir devant nous la vie d’un vagabond confronté à la ville et à ses lumières indifférentes. Il nous fait ressentir la fragilité de ce qu’il tente de protéger : souvenirs, ruines, dignité. Au milieu des poubelles, il découvre un petit corps encore vivant. Sans hésiter, il le serre contre lui, comme on préserve une braise. Ce geste simple et fragile devient un moment chargé d’humanité.
Mouss Zouheyri habite le texte de Daniel Keene avec un brio rare. Sa voix, profonde et émouvante, nous transperce. Chaque intonation, chaque variation, chaque silence nous chavire, et nous ressentons toute la fragilité, l’humanité et la profondeur de ce vagabond. Il ne se contente pas d’incarner le personnage : il le fait exister devant nous, dans toute sa force.
Nuit, un mur, deux hommes raconte une nuit dans la vie de deux hommes perdus dans l’ombre de la ville, magnifiquement incarnés avec intensité et justesse par Nicolas Roussillon Tronc et Mouss Zouheyri. Nous savons peu de choses d’eux : quelques souvenirs, un métier oublié, des blessures anciennes. Ils vivent de peu, de ce qu’ils trouvent ou de ce que rapporte la mendicité. Alors ils parlent. De ce qu’ils ont vu, de leurs rencontres, de leurs peurs, de leurs désirs. Ces échanges simples deviennent leur manière de rester vivants. La parole est un refuge fragile, un geste de fraternité. Ces hommes, que la société oublie, ne sont ni des héros ni des victimes, juste des êtres qui tentent de tenir debout.
Dans ce diptyque interprété avec grand brio par deux comédiens exceptionnels: Nicolas Roussillon Tronc et Mouss Zouheyri, Daniel Keene montre avec pudeur et humanité, dans une langue simple et bouleversante, ceux que la société laisse dans l’ombre. Le passage du monologue au dialogue se fait naturellement, sans rupture. La deuxième pièce s’insinue dans la première comme une brèche qui laisse entrer un peu plus de lumière. Nous découvrons peu à peu ce monde, avec une émotion profonde.
Le mur de pierre du Théâtre de Nesle, avec sa rugosité et son silence, souligne la fragilité des corps qui s’y appuient. Quelques palettes en bois meublent ce refuge perdu, et ce décor brut accentue encore la vulnérabilité de ces hommes. Les corps portent la fatigue, les vêtements usés racontent la rue. La lumière éclaire un visage, une main dans la pénombre. Dans Deux tibias, elle enveloppe le vagabond. Dans Nuit, un mur, deux hommes, elle crée des espaces de rencontre.
Ce diptyque, porté par deux interprètes d’exception : Nicolas Roussillon Tronc et Mouss Zouheyri : est une ode à l’humanité fragile et aux invisibles de nos villes. Sobriété, justesse et émotion s’y conjuguent pour offrir un théâtre intense, bouleversant et profondément humain.
Claudine Arrazat critiquetheatreclau.com
William Orrego García - Univers visuel et scénographique / Jean Luc Girard - Musique originale / Clémence Musette - Costumes
Théâtre de Nesle 8 rue de Nesle 75008 Paris
Du vendredi 20 février au dimanche 29 mars. Le vendredi et le samedi à 21 h, le dimanche à 17 h. Relâche le 15 mars.
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