Émouvant, Aérien, Romanesque.
Fiodor Dostoïevski (1821‑1881) aime explorer la psychologie des personnages, leurs souffrances et leur solitude. Les Nuits blanches (1848), une œuvre de jeunesse montre avec sensibilité les émotions, la solitude et l’espoir fragile de l’amour.
À Saint-Pétersbourg, pendant 'les nuits blanches', la lumière ne s’éteint jamais vraiment. Elle flotte, fragile, comme l’histoire racontée par Dostoïevski dans Les Nuits blanches.
Un jeune homme de vingt-six ans se dit rêveur. Solitaire, discret, il vit en marge du monde réel, protégé par son imaginaire.
"Je suis un rêveur. Je vis dans un monde que je crée moi-même, et mes rêves me tiennent compagnie plus que les hommes."
Un soir, il croise Nastenka, une jeune fille en larmes. Il hésite, puis ose lui parler. Ils se confient : lui, raconte son existence monotone, peuplée de rêves pour combler la solitude, elle, évoque sa vie simple auprès de sa grand-mère et l’attente douloureuse d’un amour absent. Peu à peu, le jeune homme s’attache, tombe amoureux, mais Nastenka en aime un autre…
Dans cette rencontre brève, presque suspendue, Dostoïevski saisit avec une grande justesse ce que l’amour peut avoir de doux et de cruel quand il n’est pas partagé. Le premier instant berce le rêveur, dans l’illusion d’une flamme naissante, avant le retour brutal à la réalité. Une histoire simple, délicate, profondément humaine.
La mise en scène de Roman Rivière, bien orchestrée, fait évoluer les personnages dans un espace unique, un abri-bus où solitude et rencontres se croisent, révélant leur fragilité. Nous sommes dans la Russie soviétique des années 60, un choix qui s’éloigne légèrement de Dostoïevski tout en modernisant son histoire intemporelle. La nuit enveloppe l’abri-bus, éclairé par des néons froids et un réverbère solitaire, tissant une ambiance à la fois mélancolique et poétique. Les costumes mettent en lumière la fragilité des personnages : l’homme, vêtu simplement, semble discret et fragile, et la jeune femme, dans sa robe légère aux motifs délicats, dégage une présence douce et intemporelle.
La musique, portée par la présence d’ Olivier Mazal, fait écho à la langue de Dostoïevski. Les accents nostalgiques et le martellement de Rachmaninov prolongent les silences, soulignent les attentes, et amplifient l’émotion sans jamais l’alourdir.
Laura Chetrit déploie une sensibilité rare, capable de passer en un instant de la douceur à l’intensité, donnant à son personnage une profondeur troublante.
Ronan Rivière, quant à lui, incarne avec justesse la retenue et la fragilité, rendant chaque hésitation ou regard chargé de signification.
Nous ressentons une belle complicité entre eux ; ensemble, ils créent un dialogue vivant, où le non-dit est aussi puissant que la parole. Ils nous captivent et nous émeuvent.
Les Nuits blanches, dans cette adaptation poétique et sensible, révèle la beauté fragile de moments précieux et la puissance des émotions. Une histoire délicate où solitude et amour se rencontrent sous une lumière douce et légère.
Claudine Arrazat critiquetheatreclau.com
/image%2F2626846%2F20260209%2Fob_215d59_affiche-les-nuits-blanches-2mm-imp-1-p.jpg)
Traduction de d’Ely Halpérine-Kaminsky / Musique Sergueï Rachmaninov / Décor Antoine Milian / Lumières Sébastien Husson / Costumes Corinne Rossi
Production Voix des plumes
Théâtre du Lucernaire 53 rue Notre-Dame-des-Champs 75006 Paris
28 janvier au 5 avril 2026 Paradis mercredi au samedi à 21h, les dimanches à 17h30.
/image%2F2626846%2F20250429%2Fob_799377_image-2626846-20180613-ob-d1045b-th13.jpg)
/image%2F2626846%2F20260209%2Fob_07703e_nuits-blanches-paysage-5-c-gely-1920x1.jpg)