Photo:_Simon_Gosselin_

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Rocambolesque, Dérangeant, Bouillonnant

Pour sa dernière création en tant que directeur du Théâtre de la Colline, Wajdi Mouawad revient à sa première pièce, Willy Protagoras enfermé dans les toilettes, créée en 1998 dans le cadre du Quatrième carrefour international de théâtre de Québec.

Au lieu de finir sa carrière à La Colline avec un spectacle parfaitement maîtrisé, Mouawad reprend sa première création de jeunesse : brute, sauvage et pleine de vie, où tout est encore en germe : la révolte, l’énergie et l’élan adolescent. Un choix audacieux et provocateur, un retour aux sources qui annonce et construit son futur théâtre : pour Wajdi Mouawad, créer, c’est d’abord dire non, affirmer son existence, refuser le monde tel qu’il est.

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Une farce rocambolesque qui évoque les conflits familiaux et les luttes de territoire : comment vivre ensemble quand le partage devient impossible ? En arrière-plan, la guerre civile libanaise résonne, invisible mais pesante.

Willy, 19 ans, se barricade dans les toilettes de l’appartement familial, où deux familles — les Protagoras et les Philisti-Ralestine — se disputent le même espace, souvent avec violence. Incompris par son entourage, pourquoi Willy, analphabète et peintre naïf, décide-t-il de bloquer ce lieu si important pour tous ? Est-ce pour lui-même ? Simplement pour embêter sa famille ? Un geste de résistance envers le monde qui l’entoure ?

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Une énergie vive et débordante parcourt la pièce. Elle bouscule, dérange, mais touche profondément par sa force et sa vitalité. Toutefois, l’accumulation de situations, de personnages et de messages brouille parfois le récit. L’humour scatologique et les propos volontairement grossiers peuvent fatiguer. Mais tout cela fait partie de ce théâtre fou, généreux et insolent.

La mise en scène de Wajdi Mouawad repose sur une puissance collective qui traverse le plateau. Dix-neuf corps se lancent, dix-neuf voix éclatent, le rythme foudroie, les gestes claquent, les cris s’entrechoquent. Fureur, colère, vacarme : tout déborde, tout chavire. Au cœur du tumulte, le groupe tient et vibre, une énergie qui secoue et fascine autant qu’elle déroute.

La scénographie d’Emmanuel Clolus, faite de fragments d’anciens spectacles réassemblés, installe d’emblée l’immeuble des Protagoras. Aux fenêtres, les habitants apparaissent, s’observent, se parlent et commentent, laissant surgir une parole souvent acerbe, parfois grossière, marquée par la médisance. Plus tard, le spectacle nous conduit dans l’appartement des Protagoras, avec les célèbres toilettes condamnées et le grand salon qui, peu à peu sera envahi de matières fécales et d’odeurs nauséabondes…

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La musique, parfois percussive, parfois joyeuse, accompagne les scènes comme un moteur, soutenant à la fois la tension et la jubilation.

Les comédiens sont pleinement investis. Leurs gestes claquent, leur jeu s’emballe, parfois à l’excès, et amuse autant qu’il surprend. Le rythme est rapide, constant, et donne l’impression de corps toujours tendus, prêts à exploser.

Willy Protagoras enfermé dans les toilettes est un spectacle fou et provocateur. Entre humour, énergie débordante et scènes parfois dérangeantes, Wajdi Mouawad signe un retour aux sources, où la révolte adolescente et l’élan vital traversent chaque corps, chaque voix, chaque regard. Une farce déroutante parfois grotesque mais profondément vivante, qui secoue, amuse et dont on se souviendra.

Claudine Arrazat critiquetheatreclau.com

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avec

Lionel Abelanski : Conrad Philisti-Ralestine / Éric Bernier : Maxime Louisaire / Pierre-Yves Chapalain : Rémillard Ervefel / Gilles David de la Comédie Française : Assad Protagoras / Lucie Digout :  Naïmé Philisti-Ralestine / Marceau Ebersolt : Abgar Philisti-Ralestine / Jade Fortineau : Catherine Octobre / Delphine Gilquin : Jane Jarry / Julie Julien : Francine Rancœur / Nelly Lawson : Nelly Protagoras / Micha Lescot : Willy Protagoras / Mireille Naggar : Jeannine Protagoras / Johanna Nizard : Uli-Char Philisti-Ralestine / et la 4e promotion de la Jeune troupe de La Colline   Milena Arvois : Astride Machin et Marguerite Cotaux / Tristan Glasel : Octave et Tristan Bienvenue / Swann Nymphar : Noha Em-Naïm / Gabor Pinter : Hakim Mahkoum / Tim Rousseau : Ghassan Mahbousse / Lola Sorel : Renée-Claude Rima /  le musicien :  M’hamed El Menjra

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Assistanat à la mise en scène Valérie Nègre / dramaturgie Charlotte Farcet / scénographie Emmanuel Clolus / lumières Éric Champoux / composition musicale Pascal Sangla / son Sylvère Caton et Michel Maurer  / costumes Emmanuelle Thomas assistée d’Anne-Emmanuelle Pradier / maquillages et coiffures Cécile Kretschmar assistée de Mélodie Ras / suivi de texte Dena Pougnaud / fabrication des accessoires et décor ateliers de La Colline

Création à La Colline

du 21 janvier au 8 mars 2026 au Grand théâtre

du mercredi au samedi à 20h30, mardi à 19h30, dimanche à 15h30

relâche dimanche 25 janvier

• durée estimée 2h45

Tag(s) : #Th de la Colline, #Critiques, #C.Arrazat
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