Réjouissant, Pittoresque, Pétulant
Cette merveilleuse troupe de la Comédie-Française nous offre un grand moment de plaisir dans cette adaptation de Casse-Noisette par Johanna Boyé et Élisabeth Ventura. Le spectacle nous réjouit par sa sensibilité, sa fantaisie et son énergie bouillonnante et pétulante. Il explore les blessures visibles et invisibles, l’acceptation de soi et des autres, tout en mêlant humour, poésie et musique.
Clara Silverhaus est une jeune fille brillante, mais recluse depuis un accident qui l’a blessée. Le soir de Noël, tout bascule avec l’arrivée de son parrain Drosselmeyer, horloger magicien et inventeur génial, qui lui offre un casse-noisette grandeur nature. Cabossé par son père mais réparé d’une touche d’or, le jouet devient son double et compagnon dans une aventure fantastique. Nous découvrons alors le royaume pittoresque des Pirlipates, où Mauserink, la redoutable reine des souris, sème le trouble. Puis la Fée Dragée nous montre que nos différences et nos blessures peuvent se transformer en forces.
La mise en scène de Johanna Boyé est fluide, dynamique et magnifiquement orchestrée. Le passage du salon au royaume des Pirlipates se fait par des effets de bascules malicieux et réjouissants. Les scènes s’enchaînent avec rythme, mêlant humour, tendresse et suspense. Nous suivons cette aventure pleine de surprises avec un vrai plaisir.
La musique est partout et pleine de vie. Six chansons originales, composées par Mehdi Bourayou et écrites avec Élisabeth Ventura, rythment l’histoire. La chanson des fêlés devient un hymne pour ceux qui avancent malgré leurs blessures. Les airs, entre rock doux et ritournelles légères, accompagnent Clara et Casse-Noisette dans leurs aventures et donnent au spectacle son énergie pétulante, tout en faisant passer les émotions avec justesse.
La scénographie de Caroline Mexme joue avec les transformations : une armoire devient passage vers l’inconnu. Les décors plongent le spectateur dans un univers à la fois étrange et merveilleux, où le fantastique se mêle au pittoresque.
Les costumes de Marion Rebmann participent pleinement à l’univers fantaisiste et pétillant du spectacle. Clara porte son attelle, rappel de son accident, symbole de courage et de fragilité, qui la relie aux automates de son oncle. Le costume de Casse-Noisette, à mi-chemin entre le jouet et l’humain, est conçu comme une « seconde peau ». La Fée Dragée est rock et colorée, tandis que les Pirlipates mêlent éléments royaux — perruques, jabots, culottes bouffantes — et accessoires de cuisine. C’est pittoresque, poétique et ludique.
Les comédiens passent d’un rôle à l’autre avec agilité et grand talent :
Véronique Vella, « la Mère et la Reine Pirlipate », toujours exceptionnelle, nous enchante. / Yoann Gasiorowski, « Drosselmeyer, le Sous-Chef des grillades royales, Dame Mauserink et l’Avocat général », nous impressionne particulièrement en Dame Mauserink. / Coraly Zahonero, « la Fée Dragée, Madame la Surintendante de la cour et le Journaliste du royaume », nous charme. / Nicolas Chupin, « le Père, le Roi Pirlipate et le Commis brocheur royal », emplit l’espace de son charisme et de sa voix profonde. / Baptiste Chabauty, « Casse-Noisette, le Marmiton royal et un Pire Conseiller », nous amuse par sa gestuelle tendre et maladroite. / Charlotte Van Bervesselès, « la Princesse Pirlipatine, le Brigadier-Chef des cuisines royales et un Pire Conseiller », nous ravit. / Mélissa Polonie, « Clara », émeut par sa fragilité et son courage.
Tous talentueux dégagent une énergie réjouissante qui nous enveloppe.
Nous sortons le cœur léger, le sourire aux lèvres, avec le sentiment que chaque fissure peut devenir un éclat d’or.
Un spectacle qui fait du bien en ces temps difficiles. Merci à tous.
Claudine Arrazat. critiquetheatreclau.com
Illustratrice Caroline Leïla Frachet / Lumières Cyril Manetta / Vidéo Gabriele Smiriglia / Travail chorégraphique Johan Nus / Maquillages et coiffures Julie Poulain / Assistanat à la mise en scène Laura Bauchet / Assistanat aux costumes Violaine de Maupeou
Le texte est publié à L’avant-scène théâtre.
Théâtre du Vieux-Colombier 26 novembre 2025 > 4 janvier 2026
Durée 1h35
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