copyright Fréderique Toulet

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Éloquent, Poignant, Dynamique.

À 87 ans, Sylvin Rubinstein revient à l’Adria, le cabaret de ses débuts avec sa sœur jumelle Maria. Il raconte leur ascension fulgurante comme danseurs de flamenco sous le nom de « Imperio et Dolores », puis la guerre qui brise tout : l’emprisonnement dans le ghetto de Varsovie et la mort tragique de Maria. Dévasté mais animé par la rage, il rejoint la résistance aux côtés d’un officier allemand antinazi. Pour se venger et survivre, il endosse l’identité de sa sœur « Dolores », infiltre les cabarets SS et frappe l’ennemi de l’intérieur. Son récit mêle gloire, douleur et héroïsme.

Sylvin Rubinstein (1914-2011) a réellement existé. Danseur juif et résistant au sein de la Wehrmacht, il est longtemps resté méconnu, oublié, avant d’être redécouvert en 2000. Grand merci à Yann Guillon et Stéphane Laporte de nous conter l’histoire de cet homme hors du commun.

© Frédérique Toulet

La mise en scène de Virginie Lemoine est fluide et magnifiquement orchestrée. Le récit de ce vieil homme est ponctué par un tourbillon de souvenirs : la joyeuseté de la danse, l’éclat du flamenco vibrant et enflammé.

La scénographie de Grégoire Lemoine, sobre, inventive et astucieuse, se déploie à partir d’une table, de deux tabourets et d’un voilage qui suffisent à faire naître une multitude de lieux et d’époques: appartement exigu, balcon de villa, ghetto, cabaret. La vidéo de Mehdi Izza dialogue avec cet espace, intensifie les émotions et ouvre grand l’imaginaire.

© Frédérique Toulet

La musique en live, interprétée par Cristo Cortes (chant et cajón) et Dani Barba (guitare), insuffle une intensité particulière au spectacle. Elle accompagne avec ferveur les danses flamenco de Dolores. Présents sur scène, les musiciens deviennent tour à tour personnages et complices.

Le flamenco occupe une place centrale dans le récit, porté par la force des chorégraphies de Marjorie Ascione. Éventails et castagnettes traduisent l’intensité dramatique de ce destin. Sharon Sultan incarne Maria avec grâce, tandis que Ruben Molina prête à Sylvin toute sa force et son courage.

© Frédérique Toulet

Joséphine Thoby, figée dans la mémoire de son frère, donne à Maria une fragilité lumineuse qui nous séduit. Olivier Sitruk incarne Sylvin Rubinstein, tour à tour vieillard de 87 ans, jeune danseur flamboyant ou Dolores, son double féminin, grâce à un subtil travail de voix et de gestes. Quant à François Feroleto, avant d’endosser le rôle de Kurt Werner, il campe avec brio une galerie de personnages hauts en couleur: Josef le serveur, Madame Litwinova ou encore Zalenska, qui protège les jumeaux. Tous deux  passent d’un rôle à l’autre avec aisance et nous enchantent par la justesse de leur jeu.

Un spectacle fort et émouvant qui rend hommage au destin d'un homme hors du commun hors du commun.

Claudine Arrazat

 

© Frédérique Toulet

Assistant mise en scène Laury André /   Costumes Julia Allègre /  Lumières et vidéo Mehdi Izza /  Création sonore Vincent Lustaud /  Chorégraphie Marjorie Ascione en collaboration avec Sharon Sultan et Ruben Molina

 Au Théâtre Actuel La Bruyère   À partir du 29 août 2025   Le mercredi à 21h /  Le jeudi à 19h /  Le vendredi et samedi à 21h /  Le dimanche à 15h

 

Tag(s) : #Th La Bruyére, #Critiques, #C.Arrazat
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