Émouvant. Réjouissant. Intemporel.
Art de Yasmina Reza raconte l’histoire de trois amis de longue date. Tout bascule lorsque Serge achète un tableau blanc très coûteux. Ce geste provoque l’incompréhension de Marc et met à mal leur complicité. Yvan, lui, tente de jouer les médiateurs entre ses deux amis.
La pièce de Yasmina Reza garde toute sa modernité. Elle fait rire, beaucoup. Mais derrière les rires, elle fait réfléchir. Que reste-t-il de nos amitiés au fil du temps ? Jusqu’où peut-on accepter la différence de l’autre ?
La mise en scène de François Morel est orchestrée avec brio, dans un décor minimaliste : le tableau blanc comme seul défi et trois comédiens au centre. Chaque silence, chaque regard révèle la fragilité et la vérité des personnages. On rit de leurs querelles absurdes, et parfois, une phrase frappe par sa gravité ou sa tendresse. Subtil, fin, jamais appuyé.
François Morel (Marc) que nous avons toujours grand plaisir à retrouver, incarne avec brio un homme intransigeant, presque cassant dont nous entrevoyons la faille. Derrière son refus du tableau, il y a la peur de perdre son ami. Un jeu juste, sensible, tenue de bout en bout.
Olivier Broche (Serge) nous séduit par son interprétation tout en finesse de Serge, dont l’attachement à l’art contemporain reflète une volonté d’affirmation, un personnage fier, parfois hautain, mais toujours attachant par sa détermination.
Olivier Saladin (Yvan) nous ravit, son grand monologue sur son retard est un pur bonheur. Entre maladresse, drôlerie et désespoir, il offre le rôle du médiateur, celui qui veut tout sauver, quitte à s’effacer.
Créée en 1994 par Dominique Darzacq avec Fabrice Luchini, Pierre Vaneck et Pierre Arditi, Art suscita d’abord l’incompréhension. Certains y virent une provocation rétrograde face à l’art contemporain. Mais la pièce triompha : deux Molières, des traductions dans le monde entier et des reprises multiples, dont celle de 2018 portée par Charles Berling, Jean-Pierre Darroussin et Alain Fromager.
Aujourd’hui, ce qui fait la beauté de cette nouvelle version, c’est la force d’une amitié vécue, transposée sur scène. François Morel, Olivier Broche et Olivier Saladin ne jouent pas seulement des personnages : ils mettent en jeu leur propre histoire, riche de collaborations, de rires partagés, de vacances et de fidélités. Cette connivence donne au texte un éclat inédit, une vérité presque troublante.
Devant nous, il n’est plus seulement question d’un tableau blanc. C’est la matière même de l’amitié qui se fissure, qui vacille et qui se réinvente. Le spectateur se laisse happer par ce théâtre pur, débarrassé de l’artifice, qui interroge les liens, leur usure, mais aussi leur incroyable capacité de renaissance. François Morel signe là un retour éclatant, où l’humain se mêle à l’art, où le sensible réchauffe, console et bouleverse.
Beau moment de théâtre.
Au Théâtre Montparnasse à partir du 27 août 2025
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