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JOSEF_K._Fanchon_Bilbille

JOSEF_K._Fanchon_Bilbille

Troublant. Vertigineux. Fascinant.

Dans la pénombre, nous pénétrons dans la chambre de Josef K. Il émerge à peine d’un rêve lorsque deux intrus viennent troubler son sommeil. D’emblée, l’absurde s’installe : en ce matin de son trentième anniversaire, deux gardes lui annoncent son arrestation. Pourquoi ? De quoi est-il accusé ? Il n’en sait rien et personne ne semble capable de lui répondre. Persuadé qu’il s’agit d’une erreur, il tente de résister, mais se retrouve peu à peu happé par une procédure dont les règles et les rouages lui échappent.

Pour cette adaptation du Procès, Clément Poirée mêle au roman inachevé des extraits du Journal de Kafka ainsi que d’Elizaviéta Bam de Daniil Harms. Il ne cherche pas seulement à raconter l’histoire de Josef K., mais à nous faire pénétrer dans son esprit, ses peurs et ses obsessions. Le réel et le rêve finissent par se confondre, nous faisant partager sa perte progressive de repères.

JOSEF_K._Fanchon_Bilbille_

La mise en scène de Clément Poirée, orchestrée avec brio, joue constamment sur ce trouble. Josef K. se dédouble, parfois se multiplie, comme si les différentes facettes de son esprit prenaient corps sous nos yeux. Les scènes réalistes basculent soudain dans un univers onirique ou burlesque, comme lorsque sa voisine comédienne l’entraîne dans la représentation fantasque d’Elizaviéta Bam.

Présent dès les premiers instants, avant même le réveil de Josef K., Riccardo Pedri, circassien époustouflant, semble appartenir au monde de ses rêves. Suspendu à une corde, évoluant dans les airs, il nous stupéfie par son agilité et donne corps aux rêves, aux peurs et aux visions de Josef K.

La scénographie d’Erwan Creff est l’une des grandes réussites du spectacle. Entièrement mobile, elle se transforme continuellement. Portes, fenêtres et cloisons glissent sur le plateau, s’ouvrent, se referment et recomposent sans cesse l’espace. Tour à tour chambre, tribunal ou couloir, le décor devient un véritable labyrinthe dans lequel Josef K. semble chercher désespérément une issue. Un décor en perpétuel mouvement qui, par enchantement, nous entraîne dans l’étrange univers de Josef K.

Les lumières de Guillaume Tesson jouent avec les ombres et la lumière et nous mènent avec finesse du réel au rêve. La musique et la création sonore de Stéphanie Gibert prolongent cette atmosphère étrange et intensifient nos émotions.

JOSEF_K._Fanchon_Bilbille_

Théâtre, chant et cirque se répondent ainsi sans jamais rompre le fil du récit.

Pascal Cesari est impressionnant dans le rôle de Josef K. Il incarne avec intensité cet homme qui tente de garder le contrôle alors que tout lui échappe. Il nous fait ressentir toute la violence de cette mécanique qui se referme peu à peu sur lui.

Jeanne Lepers est remarquable. Elle glisse avec aisance de l’étrange voisine de Josef K. à la comédienne d’Elizaviéta Bam, où sa voix magnifique et sa gestuelle donnent toute sa force au personnage.

Riccardo Pedri nous époustoufle par ses prouesses circassiennes. Matthieu Marie campe avec justesse le père de K., tandis que Lauren Pineau-Orcier apporte beaucoup de présence à Léni, l’assistante de l’avocate à la robe rouge. Nanténé Traoré impose une avocate pleine d’assurance. Aymeric Trionfo et Julien Villa, notamment dans les rôles des gardes, complètent avec talent cette belle distribution.

Tous forment une troupe talentueuse et généreuse, passant avec aisance du jeu au chant, du réel à l’imaginaire.

Clément Poirée nous entraîne avec talent dans l’étrange univers de Kafka, entre rêve et réalité. Un spectacle inventif et surprenant, porté par une remarquable troupe.

Claudine Arrazat — CritiqueTheatreClau.com — Spectacles Vivants

JOSEF_K._Fanchon_Bilbille_

D’après le procès de   Kafka  avec des extraits du Journal de Kafka et Elizaviéta Bam de Daniil Harms 

Collaboration à la mise en scène Sylvain Dufour / scénographie Erwan Creff assisté de Caroline Aouin / Lumières Guillaume Tesson assisté d’Edith Biscaro / Musiques, son Stéphanie Gibert assistée de Farid Laroussi / Costumes Hanna Sjödin assistée de Camille Lamy / Maquillages et perruques Pauline Bry-Martin / Habillage Emilie Lechevalier et Solène Truong / Régie générale Yan Dekel

Photos Fanchon Bilbille

 

 

Tag(s) : #Critiques, #C.Arrazat
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