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SUZANNE au théâtre Montparnasse

Une chambre blanche et froide d'hôpital et, assise sur les draps, une reine déchue qui refuse d'abdiquer. Catherine Hiegel, magistrale, impose la silhouette féroce de Suzanne Valadon avant même d'avoir prononcé le moindre mot.

Nous sommes au printemps 1935. La peintre approche de sa fin. Elle a perdu sa jeunesse. Elle a perdu son mari. Il lui reste un fils, Maurice Utrillo, ce garçon qu'elle a initié au pinceau pour le sauver de la bouteille. Le sauvetage a raté, mais l'élève a dépassé la mère sur le marché de l'art.

Fierté étouffée ? Jalousie dévorante ? On ne sait pas. Peut-être. Pourquoi pas. C'est troublant.

 

spectatif.com – Spectacle SUZANNE au théâtre Montparnasse. De Corinne Samama et Jean-Benoît Patricot. Mise en scène Dan Jemmett. Scénographie Dick Bird. Costumes Sylvie Martin-Hyszka. Lumières Arnaud Jung. Avec Catherine Hiegel, Laurette Lalande, Christophe Paou, Marc Prin.

 

L'écriture de Corinne Samama et Jean-Benoît Patricot évite soigneusement le cours d'histoire de l'art. Les deux auteurs tissent méthodiquement un affrontement frontal, charnel, sans chercher à nous rassurer.

Utrillo vient annoncer son mariage avec la meilleure amie de sa mère. Une phrase lâchée à demi-mot, un regard un peu appuyé, un mouvement d'impatience, et c’est l’éclat. Les dialogues basculent aussitôt dans des combats à mains nues.

La pièce décortique cette relation toxique. La justesse de l'écriture trouve un écho remarquable dans le jeu des comédiens, qui donnent chair à cette affection fracassée. C’est très bien vu et terriblement bien incarné.

J'ai particulièrement apprécié cette manière dont l'implicite apparait progressivement, jusqu'à laisser émerger les non-dits, puis les paroles qui les libèrent. Attachements et dépendances enferment la mère et le fils dans une relation fusionnelle. Projections et réactions réciproques s'entremêlent. Frustrations et orgueils blessés alimentent rancœurs et colères. Imperturbablement, ils se jettent leurs griefs au visage.

Nous observons, fascinés, la fracture entre la femme qui a dû batailler contre son époque pour imposer sa liberté et l'homme qui peint par fulgurance, entre deux crises éthyliques.

 

spectatif.com – Spectacle SUZANNE au théâtre Montparnasse. De Corinne Samama et Jean-Benoît Patricot. Mise en scène Dan Jemmett. Scénographie Dick Bird. Costumes Sylvie Martin-Hyszka. Lumières Arnaud Jung. Avec Catherine Hiegel, Laurette Lalande, Christophe Paou, Marc Prin.

 

Dan Jemmett resserre l'étau autour des protagonistes dans une mise en scène taillée à l'os. La scénographie de Dick Bird et les lumières tranchées d'Arnaud Jung centrent l’attention sur la cruauté des échanges.

Christophe Paou prête à Utrillo une fragilité psychique et physique palpable, en flottement permanent face à la muraille maternelle. Il campe un colosse vacillant, désarmé, cherchant désespérément un regard aimant. Marc Prin joue le médecin avec retenue. J’avoue avoir été surpris par son allure de grand escogriffe, sautillant par moments sans que j’arrive à en percevoir la raison.

Et puis il y a Catherine Hiegel. Elle dévore l'espace. Elle sculpte le texte avec une ironie mordante, une force intérieure impressionnante. Elle manipule avec finesse, elle s'attendrit une fraction de seconde pour mieux frapper l'instant d'après. Un simple redressement du buste ou un silence suffisent à nous faire comprendre la situation. Elle assène ses répliques comme autant de sommations. Hiegel ne joue pas, elle est Valadon.

Un huis clos implacable où l'amour filial ressemble furieusement à une lente suffocation. Superbe spectacle.

 

 

 Spectacle du 31 octobre 2026

Frédéric Perez, spectatif.com

 

De Corinne Samama et Jean-Benoît Patricot. Mise en scène Dan Jemmett. Scénographie Dick Bird. Costumes Sylvie Martin-Hyszka. Lumières Arnaud Jung. Photos © Jean-Louis Fernandez.

Avec Catherine Hiegel, Laurette Lalande, Christophe Paou, Marc Prin.

 

 

Tag(s) : #spectatif, #Fréderic Perez
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