Fascinant. Vertigineux. Troublant.
Huang Wen-Ren explore les liens qui unissent l'être humain à la technologie. Smartphones, écrans et réseaux numériques modifient peu à peu notre manière de regarder le monde, de communiquer et même d'habiter notre propre corps. Une création qui nous invite à réfléchir à ce que nous perdons lorsque nos regards restent rivés sur nos téléphones.
Dès les premières minutes, chaque danseur apparaît enfermé dans un mince faisceau lumineux, les yeux rivés sur son smartphone. Une image saisissante de notre solitude contemporaine. Lorsque la lumière envahit le plateau, les corps se rapprochent, tout en demeurant enfermés dans leur propre monde. Les gestes se répondent, s'enchevêtrent, se figent avant de repartir dans un mouvement permanent. Les portés, les déséquilibres et les déplacements rapides traduisent cette humanité en perpétuelle quête de lien.
L'une des plus belles idées chorégraphiques réside dans l'utilisation des vêtements. Les tee-shirts deviennent une véritable seconde peau. Ils s'étirent, emprisonnent, relient ou séparent les danseurs. Tantôt membrane protectrice, tantôt entrave, le tissu accompagne les transformations des corps et donne naissance à des images d'une grande beauté. À plusieurs reprises, les interprètes semblent ne former qu'un seul organisme, avant de retrouver difficilement leur individualité.
La chorégraphie alterne avec beaucoup de fluidité des moments de tension et d'autres plus apaisés. Les enchaînements sont d'une grande précision et les tableaux se succèdent sans jamais rompre le fil du récit. Les jeux d'équilibre, les déplacements et les métamorphoses des corps donnent naissance à de très belles images.
La scénographie, volontairement épurée, laisse toute la place aux danseurs. Les jeux de lumière sculptent l'espace avec une grande précision, créant tantôt une atmosphère intime, tantôt de puissants tableaux où les silhouettes se découpent dans l'obscurité.
Hsing-Yu Chen, Yu Chung, Kabiduwan Kalayunyang et Pin-Ho Wang impressionnent par leur engagement physique et leur parfaite cohésion. Avec une remarquable maîtrise, ils passent d'une extrême tension à une infinie délicatesse, donnant toute sa puissance à cette chorégraphie.
Une très belle création où la danse devient un langage universel pour parler de notre époque et de notre besoin essentiel de nous retrouver.
Claudine Arrazat critiquetheatreclau.com Spectacles Vivants
Yi-No Chen - Création son : Futon Cilangasan Cokas - Collaboration artistique : Jen-Feng Ho - Production
HIVERNALES (LES) - CDCN d'Avignon Salle : Les Hivernales - 18 Rue Guillaume Puy, 84000 Avignon Billetterie Téléphonique : 04 90 82 33 12 du 10 au 20 juillet relâche le 15 juillet 12h00 40min
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