Déchirant, Poignant, Nécessaire.
Écrit en 1947, peu après sa libération d’Auschwitz, Primo Levi témoigne de l’expérience nue de l’abîme. Si c’est un homme ne raconte pas seulement le camp : il nous y confronte, avec sobriété et précision, faisant de son œuvre un témoignage essentiel des camps de la mort.
Porté en scène avec brio par Gilbert Ponté, le témoignage de Primo Levi est poignant et nécessaire. Il ne s’agit pas de représenter l’horreur, mais de la transmettre, avec pudeur et grande clarté, pour regarder en face l’histoire d’un génocide et ne jamais oublier.
Le récit avance sobrement. Arrestation en 1943, internement à Fossoli, puis déportation vers Auschwitz. Le voyage en wagon à bestiaux marque la rupture : les corps sont entassés, l’air manque, la soif devient une douleur constante. On ne sait plus combien de temps passe. On tient. On attend.
Arrivée à Auschwitz, tout est brutal et rapide : les cris, les ordres en allemand, la séparation des familles. On ne comprend pas encore, mais on sent que quelque chose d’irréversible vient de se produire. Puis s’installe la mécanique du camp : méthodique, implacable. Les vêtements disparaissent, les cheveux tombent, le nom s’efface. Un numéro le remplace. L’homme est réduit presque à rien… un texte a découvrir ou redécouvrir dans l’intimité de la petite salle du théâtre de l Essaion.
Sur scène, Gilbert Ponté prête sa voix aux mots de Primo Levi avec retenue. C’est dans cette retenue que la violence apparaît avec force. Il énonce les faits, laisse les silences exister. Cette sobriété, cette pudeur, touchent profondément. Elles donnent toute sa force au texte. Peu à peu, on comprend comment l’identité se défait et, comment quelques gestes minuscules permettent de maintenir une part d’humanité.
Si c’est un homme pose une question qui traverse le temps : que reste-t-il de l’homme lorsqu’on lui enlève tout ? Ce n’est pas seulement une histoire du passé : c’est une question pour aujourd’hui, pour chacun de nous.
La mise en scène de Gilbert Ponté est très épurée : tout est au service du texte de Primo Levi, rien ne doit distraire de sa parole. La petite salle du Théâtre de l’Essaïon devient un véritable lieu de mémoire. Quelques projections d’Anselm Kiefer surgissent en arrière-plan : paysages calcinés, architectures ruinées, matières lourdes. Elles ne montrent pas le camp, mais évoquent sa trace et le poids de l’Histoire. La musique de Johann Sebastian Bach accompagne certains passages, rappelant qu’une beauté est encore possible au cœur du chaos.
Seul en scène, Gilbert Ponté porte la parole de Primo Levi avec talent et grande justesse. Sans effets inutiles, avec une profonde sobriété, il laisse toute la place au texte. On ressent la fatigue, la peur, mais aussi cette dignité fragile qui tient debout malgré tout chez ces hommes.
Un spectacle nécessaire, sobre et profondément humain. Une parole essentielle, portée avec intelligence et respect. Il faut aller voir cette pièce pour entendre, comprendre et ne pas oublier
Claudine Arrazat critiquetheatreclau.com
/image%2F2626846%2F20260218%2Fob_504ac5_si-c-un-homme-aff-site.jpg)
Création lumière Antoine Le Gallo
Théâtre Essaïon mardi et mercredi à 19 h 00 du 07 janvier 2025 au 01 avril 2026
/image%2F2626846%2F20250429%2Fob_799377_image-2626846-20180613-ob-d1045b-th13.jpg)
/image%2F2626846%2F20260218%2Fob_5cbe09_image00034.jpeg)