PSYCHODRAME au théâtre 13 bibliothèque

Psychodrame a la franchise d’une confidence et l’énergie d’un combat partagé. Ici, le jeu théâtral devient vital.

Au Théâtre 13 Bibliothèque, Lisa Guez retrouve un collectif de comédiennes avec lesquelles elle partage une méthode d’écriture collective déjà éprouvée. Le point de départ tient en peu de mots. Dans un centre psychiatrique pour femmes, six soignantes animent des séances de psychodrame. Les restrictions budgétaires menacent la pratique. Il reste quelques séances pour accompagner quatre patientes aux trajectoires cabossées. L’urgence est politique, médicale et intime.

Le dispositif est d’une grande simplicité. En fond de plateau, le mur intérieur d’une salle d’hôpital. Devant, dans un espace presque nu, quelques chaises, des personnages. Le protocole du psychodrame structure la représentation. Lacan est cité à plusieurs reprises, comme une référence familière ou pour se confronter à sa domination. Une meneuse de jeu, des co-thérapeutes, une patiente qui propose une scène. Les rôles circulent, les identités se déplacent, les points de vue se retournent. Un léger vertige s’installe.

Ce vertige, ce sont les comédiennes qui le rendent palpable. Fernanda Barth, Valentine Bellone, Anne Knosp, Valentine Krasnochok, Nelly Latour et Jordane Soudre passent des soignantes aux patientes avec une virtuosité discrète. Leur complémentarité frappe. L’une apporte une douceur ferme, l’autre une tension presque électrique, une troisième une ironie salvatrice. Les scènes les plus rudes trouvent un contrepoint. Un souffle de solidarité aux parfums de sororité irrigue le plateau, jamais proclamée, toujours sensible dans un regard ou un relais pris au bon moment.

L’écriture collective permet sans doute ce tissage de nuances. Les patientes ne sont jamais réduites à leurs traumatismes. Un manque insiste, une parole cherche sa place, un imaginaire déborde parfois du cadre. Les soignantes ne sont pas héroïsées. Les égos s’entrechoquent, les doutes percent, les colères éclatent. La fatigue et la fragilité affleurent aussi.

J’ai aimé que le théâtre assume sa part de jeu. Un papier peint parle, un monstre surgit, un souvenir d’enfance se rejoue avec un sérieux enfantin qui fait mouche. La fiction ouvre une brèche où la parole circule autrement. Je garde en mémoire ces passages de relais et cette énergie collective qui tient bon face à l’effritement du monde autour.

Le théâtre ici cherche l’endroit juste. C'est du théâtre d'actrices comme on aime, brillamment incarné.   Psychodrame nous dit que jouer peut réparer, que tenir ensemble relève déjà d’un acte de résistance.

Spectacle du 10 février 2026

Frédéric Perez, spectatif.com

 

De Fernanda Barth, Valentine Bellone, Sarah Doukhan, Anne Knosp, Valentine Krasnochok, Nelly Latour, Clara Normand et Jordane Soudre. Mise en scène Lisa Guez. Collaboration à la mise en scène, dramaturgie et costumes Sarah Doukhan. Création lumières et scénographie Lila Meynard. Création sonore et musicale Louis Marie Hippolyte. Conseil scientifique Géraldine Rougevin Baville. Regard chorégraphique Cyril Viallon. Avec Fernanda Barth, Valentine Bellone, Anne Knosp, Valentine Krasnochok, Nelly Latour et Jordane Soudre.

 

Tag(s) : #spectatif
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