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crédit Pascal Gély.

crédit Pascal Gély.

Eloquent, Profond, Emouvant.

Alexandra Badea née en Roumanie en 1980 sous la dictature de Ceaușescu, est autrice, metteuse en scène et réalisatrice engagée, ses écrits sont éloquents et poignants. En 2013, elle reçoit le Grand Prix de littérature dramatique du centre national du théâtre pour « Pulvérisé », pièce qui fut créé au TNS.

En 2018 « Point de non-retour », Alexandra Badea met au grand jour l’histoire sombre du colonialisme de notre pays que l’on préfère oublier. (Thiaroye, Quai de seine 17 octobre 1961, (Massacre de centaine d’algériens), Diagonale du vide (les enfants réunionnais déracinés 1962/1982).

crédit Pascal Gély.

« Celle qui regarde le monde », relate la rencontre   de deux adolescents dans le nord de la France à Calais où les migrants ayant eu le droit d’asile refusé par notre gouvernement espèrent pouvoir un jour rejoindre l’Angleterre.

Alexandra Badea nous plonge en parallèle dans deux mondes, celui de la répression policière et celui de la découverte à l’adolescence des réalités de la vie, des questionnements et des révoltes.

Déa, jeune lycéenne rencontre à l’occasion d’une fête Enis jeune migrant  fuyant son pays en guerre.

 

 

Déa est impressionnée et subjuguée par Enis, jeune garçon intelligent, courageux, combatif et philosophe.

« Il y a de tout dans la vie ; ceux qui ont tué mon pére… mais il y aussi Anna…qui se bat pour moi. »

« Les livres m’ont toujours accompagné dans ma vie…je me sens moins seul…de me plonger dans l’abime d’un autre »

Une grande amitié se crée entre eux, Déa est révoltée devant la découverte de ce monde.

« Pourquoi moi je peux voyager partout, allez à l’école, vivre, parler, aimer librement et pas un autre ? »

En voulant aider Enis, Déa va se confronter à un interrogatoire policier intransigeant, suspicieux invoquant les normes et les ordres du pouvoir actuel.

Déa se rebelle devant les incompréhensions de cette société.

« Peut-on encore rêver quelque part dans ce monde ? Y a-t-il encore des espaces réservés à l’espoir ? »

Déa pose un nouveau regard sur le monde, elle veut inventer un autre langage,  trouver un autre chemin. Regarder le monde.

En rencontrant Enis, j’ai rencontré « la fille » qui a envie de découvrir le monde »

Nous sommes chavirés, bouleversés par ce texte rempli de vérités que nous refusons souvent d’entendre. Les mots s’envolent et viennent nous frapper en plein cœur, c’est poignant.

crédit Pascal Gély.

En fond de plateau un écran vidéo nous transporte dans une immense forêt, sur l’avant-scène éclairée dans la pénombre, une clairière jonchée de souches. Dans cet espace scénique,  Déa danse et chante, un peu plus loin Enis lit assis tranquillement sur une souche d’arbre. Déa et Enis vont nous conter leur rencontre, leurs questionnements et l’acheminement de leur amitié profonde.

Par intermittence, en fond de plateau l’image de la forêt s’estompe et nous assistons à l’interrogatoire tendu de Déa par un adulte rigide et rude faisant partie de la gente policière.

C’est passionnant et éloquent d'avoir sous nos yeux ce fossé entre l’ordre établi avec ses absurdités inhumaines sans aucune compassion et cette amitié  pleine de vérités,  de générosité et de chaleur se créant entre Déa et Emis.

Alexandra Badea n’a pas peur de nous secouer pour nous faire réagir et nous ouvrir les yeux.

Aujourd’hui, combien de jeunes gens ( de plus vieux)  ayant fui leur pays en guerre sont dans une situation  similaire et tragique ?

crédit Pascal Gély.

Lula Paris et Alexis Tieno nous émeuvent par la justesse de leurs jeux. Ils incarnent avec talent et profondeur Déa et Enis pleins de dynamisme et  de vitalité et nous entrainent dans ce magnifique récit fourmillant  de vérités.

Stéphane Facco incarne avec brio cet adulte scrutateur et  mordant à l’écran.

 

 

Grand merci à Alexandra Badea d’avoir le cran de soulever les non-dits dont nous sommes peu fiers.

Comme Déa gardons espoir d’un monde plus humain et plus généreux.

Un moment de théâtre émouvant qui ne peut vous laisser indifférents.

Bravo.

Claudine Arrazat 

Editons de L’Arche

Compagnie Médéra Hélix. Création sonore Rémi Billardon, assisté de Valentin Chancelle, création lumières Antoine Seigneur-Guerrini, création vidéo Jonathan Michel.

Du 7 au 12 novembre, du lundi au vendredi 20h, le samedi 17h30, aux Plateaux Sauvages – Fabrique artistique et culturelle –, 5 rue des Plâtrières – 75020 Paris. Tél : 01 83 75 55 70, info@lesplateauxsauvages.fr 

Tag(s) : #Les plateaux sauvages, #Critiques

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